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Coronavirus: la mobilisation financière des Etats et banques centrales

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- - NIKLAS HALLE'N - AFP

Le Sénat américain négocie un plan de 1000 milliards de dollars, Bruxelles lâche la bride budgétaire: les gouvernements et autorités monétaires déversent des centaines de milliards pour soutenir une économie mondiale paralysée par la pandémie de coronavirus.

Les Etats et banques centrales se mobilisent pour soutenir l'économie mondiale. Tour d'horizon des mesures prises.

- Etats-Unis

Les sénateurs américains avaient entamé vendredi 20 mars d'âpres négociations sur un plan qui devait avoisiner les 1.000 milliards de dollars au départ pour contrer l'impact économique du nouveau coronavirus. C'est finalement beaucoup plus.

La Maison Blanche et le Sénat américain sont parvenus, dans la nuit de mardi 24 mars à mercredi 25 mars, à un accord "historique" pour déployer un plan de relance économique de 2.000 milliards de dollars. Lequel doit cependant encore être adopté par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, avant d'être promulgué par le président américain, Donald Trump.

Les mesures draconiennes prises pour endiguer la pandémie, comme la fermeture de bars, de restaurants, la suspension des lignes aériennes, et l'arrêt du tourisme, ont précipité de nombreux secteurs dans l'incertitude.

La Banque centrale américaine, qui multiplie les annonces, propose de soutenir les prêts automobiles ou immobiliers et d'accorder des prêts aux entreprises. Elle a mis en place une nouvelle facilité de financement des créances de court terme, qui avait été utilisée pour la dernière fois pendant la crise financière de 2008. Dimanche, elle avait abaissé ses taux à zéro, un niveau plus atteint depuis décembre 2008.

- BCE et Bruxelles

La Banque centrale européenne a jusqu'ici laissé ses taux inchangés, optant pour une autre voie en plusieurs étapes. 

Le 12 mars, les banques voient leurs exigences de fonds propres assouplies et sont incitées à continuer à prêter aux PME les plus fragiles, pour éviter une vague de faillites. Un allègement équivalent à 120 milliards d'euros de pertes que les banques pourront absorber, a estimé vendredi la BCE, qui espère permettre de "financer potentiellement jusqu'à 1800 milliards d'euros de prêts aux ménages et aux entreprises".

Mardi, la BCE fournit plus de 100 milliards d'euros de liquidités aux banques, première de treize opérations de refinancement prévues d'ici à mi-juin.

Mercredi, enfin, le "bazooka" que réclamaient les marchés et les gouvernements européens: la BCE a annoncé un plan d'urgence de 750 milliards d'euros de rachats de dette publique et privée, à réaliser d'ici à la fin de l'année, espérant soulager les banques.

De son côté, Bruxelles a annoncé vendredi, par la voix de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la suspension des règles de discipline budgétaire de l'UE. Une mesure inédite qui permettra aux Etats membres de dépenser autant que nécessaire pour lutter contre les conséquences économiques du coronavirus.

Concrètement, la clause dérogatoire générale permet de déroger temporairement au Pacte de stabilité et de croissance, le texte qui fixe les règles budgétaires aux Etats ayant adopté la monnaie unique. Créée en 2011, en pleine crise de la zone euro, cette clause n'avait jusqu'alors jamais été activée.

- Royaume-Uni

Le gouvernement britannique a promis de soutenir l'économie "quoi qu'il en coûte", annonçant des garanties de l'Etat sur les prêts aux entreprises atteignant 330 milliards de livres, et des aides atteignant 20 milliards.

Vendredi, Londres a mis en place des subventions pour couvrir jusqu'à 80% des salaires des employés temporairement en congé, après la fermeture complète des cafés, pubs et restaurants.

La Banque d'Angleterre a quant à elle abaissé de 0,15 point de pourcentage son taux directeur à 0,1%, un plus bas historique, après une autre baisse surprise conséquente la semaine dernière (de 0,75% à 0,25%).

- Chine

La Banque centrale chinoise, qui a débloqué fin février des extensions ou des renouvellements de prêts aux entreprises, a annoncé le 13 mars une baisse du ratio de réserve obligatoire des banques, libérant 550 milliards de yuans (70,6 milliards d'euros) pour soutenir l'économie.

Ce ratio, qui oblige les banques à conserver des liquidités auprès de la banque centrale, a été abaissé dans une proportion d'un demi-point à un point de pourcentage. La dernière baisse remontait au 6 janvier.

- Italie

L'Italie, le pays le plus touché jusqu'à présent par l'épidémie au sein de l'UE, a annoncé 25 milliards d'euros pour lutter contre l'épidémie. Le gouvernement espère que ses mesures permettront de générer 340 milliards d'euros de liquidités.

Rome va utiliser son enveloppe pour aider les emprunteurs italiens, notamment à travers la suspension du paiement de certaines échéances de prêts immobiliers et bancaires. 

- France

En France, le gouvernement a annoncé un allègement, report ou annulation, de charges à hauteur de 32 milliards d'euros sur le seul mois de mars. Ce qui constitue l'essentiel des 45 milliards d'euros de mobilisation "immédiate". 

Paris a aussi largement ouvert le dispositif de chômage partiel et mis en place un fonds de solidarité doté de 2 milliards d'euros environ. Les petites entreprises, les très petites entreprises (TPE) et les micro-entrepreneurs en difficulté bénéficieront d'une suspension du paiement de leurs factures d'eau, de gaz, d'électricité et de loyers. 

L'Etat va garantir à hauteur de 300 milliards d'euros les prêts accordés par les banques aux entreprises touchées par la crise, et n'a pas exclu de soutenir directement certaines entreprises via une intervention à leur capital.

- Allemagne

L'Allemagne a annoncé le plus grand plan d'aide aux entreprises de son histoire d'après-guerre, avec des prêts "sans limite" d'une valeur d'au moins 550 milliards d'euros pour commencer.

Mercredi 25 mars, le pays poursuivait sur sa lancée et le Bundestag décidait d'adopter des mesures globales d'un montant proche de 1.100 milliards d'euros. Les députés ont notamment approuvé de nouveaux emprunts à hauteur de 156 milliards d'euros pour soutenir tant les entreprises, que les salariés et le système de santé.

- Espagne

L'Etat espagnol a annoncé mardi qu'il allait garantir jusqu'à 100 milliards d'euros de prêts aux entreprises.

- Canada

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a annoncé un nouveau plan de 27 milliards de dollars canadiens (17 milliards d'euros) d'aides directes aux travailleurs en situation de précarité et aux entreprises canadiennes en difficultés, et de 55 milliards de reports d'impôts.

Ces mesures s'ajoutent à une première enveloppe de 10 milliards de dollars canadiens.

- Japon

La Banque du Japon a nettement renforcé sa politique de rachats d'actifs. L'institution monétaire n'a pas modifié son taux sur les dépôts des banques auprès d'elle, rivé à un niveau négatif (-0,1%) depuis janvier 2016, mais a notamment doublé son plafond annuel de rachats de fonds négociés en Bourse (ETF).

Auparavant, le Japon avait débloqué une enveloppe de 13,4 milliards d'euros pour accorder des prêts sans intérêt aux petites et moyennes entreprises. 

- Australie, Corée, FMI...

La Banque centrale d'Australie a réduit jeudi son principal taux directeur d'un quart de point, à 0,25%, soit son plus bas historique, annoncé des mesures de rachat de dette et de soutien au secteur bancaire ainsi qu'aux petites et moyennes entreprises.

La Banque centrale sud-coréenne a annoncé lundi qu'elle abaissait son taux d'intérêt à 0,75%, un plus bas historique. Pour sa part, Hong Kong va verser de l'argent directement à ses résidents.

Le FMI a de son côté dégagé 50 milliards d'euros pour venir en aide aux pays vulnérables.

Sandrine Serais avec AFP