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Commerce: Pékin et Washington reprennent un dialogue constructif

Le vice-Premier ministre chinois Liu He salue Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor américain et Robert Lighthizer, le représentant au Commerce, après leurs réunion de ce vendredi.

Le vice-Premier ministre chinois Liu He salue Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor américain et Robert Lighthizer, le représentant au Commerce, après leurs réunion de ce vendredi. - CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les Etats-Unis et la Chine ont repris un dialogue constructif pour déminer leur conflit commercial, mais Donald Trump a douché vendredi l'espoir d'une conclusion rapide des négociations, vantant les mérites des mesures protectionnistes.

"Il y a eu des discussions constructives entre les deux parties, c'est tout ce que nous dirons", a déclaré à CNBC le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin. Il s'exprimait à l'issue de discussions dans les bureaux du représentant au commerce (USTR) Robert Lighthizer, non loin de la Maison Blanche. A 11H30 locales (15H30 GMT), le vice-Premier ministre chinois Liu He, qui dirige la délégation chinoise, avait quitté le lieu des négociations deux heures seulement après y être entrée. Les négociations sont ajournées pour ce vendredi. Liu He avait préalablement serré la main de MM. Lighthizer et Mnuchin tout en faisant un signe aux journalistes, sans toutefois faire de commentaires.

"Pas besoin de se précipiter"

Malgré son apparente décontraction, la pression est forte, Donald Trump jouant la montre tout en poursuivant sa stratégie de pression maximale sur Pékin. Il n'y a "pas besoin de se précipiter" pour signer un accord avec la Chine, a-t-il estimé, lui qui déplorait il y a moins d'une semaine des négociations avançant "trop lentement". "Les droits de douane apporteront beaucoup plus de richesses à notre pays qu'un accord traditionnel, même exceptionnel", a-t-il poursuivi dans une salve de tweets matinaux.

La veille, pourtant, il estimait encore "possible" un accord dès cette semaine. L'hôte de la Maison Blanche a aussi critiqué l'attitude des autorités chinoises. "La Chine ne devrait pas renégocier les accords avec les Etats-Unis à la dernière minute", a-t-il écrit sur un ton de reproche. Robert Lighthizer et Steven Mnuchin avaient révélé lundi que Pékin était revenu sur ses engagements pris lors de sessions de négociations précédentes.

Représailles chinoises 

L'augmentation de 10 à 25% des droits de douane supplémentaires, qui a pris effet vendredi à 00H01 heure de Washington, porte sur une variété de marchandises (télévisions, ameublement, automobiles, etc.) représentant environ 200 milliards de dollars d'importations en provenance de la Chine. Pékin "n'aura d'autre choix que de prendre de nécessaires mesures de représailles", a immédiatement averti le ministère chinois du Commerce. 

Ces droits américains ne s'appliquent pas pour l'heure aux biens déjà en transit maritime vers les Etats-Unis à travers le Pacifique, ce qui donne du répit aux importateurs américains avant de subir une hausse des prix sur ces marchandises. Pour Franklin Pichard, directeur général de Kipling Finance, interrogé dans Intégrale Bourse sur BFM Business, "ça nous laisse un délai de deux ou trois semaines pour trouver une solution. c'est ça que les marchés ont en tête". Effectivement, après une semaine compliquée, les indices boursiers étaient bien plus calme ce vendredi soir.

"Formidables agriculteurs"

 Aucun détail n'a toutefois pour l'heure officiellement filtré sur les éventuelles nouvelles concessions de la Chine et même sur une potentielle prolongation des discussions ce weekend. Alors que les agriculteurs fragilisés par les représailles chinoises avaient exhorté le président à mettre fin à sa politique des tarifs douaniers, le président a tenté de les rassurer. Il a ainsi émis l'idée d'utiliser l'argent généré par ces droits de douane --plus de 100 milliards de dollars par an selon lui-- pour "acheter des produits agricoles" aux "formidables agriculteurs" américains, "dans des proportions supérieures à ce que n'a jamais fait la Chine". Ces produits seraient ensuite "envoyés, sous forme d'aide humanitaire, dans des pays pauvres et manquant de nourriture", a-t-il développé.

"Dévaluation du yuan"

Le président républicain se sent en position de force pour négocier, encouragé par les bons indicateurs économiques américains. Pour autant, le gouvernement chinois se sent, lui aussi, conforté par les mesures prises pour stimuler son économie. "La Chine ne capitulera pas face à la pression et nous avons la détermination ainsi que les moyens de défendre nos intérêts", a d'ailleurs prévenu le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng.

La Chine a notamment une arme potentiellement très efficace à sa disposition : la dévaluation de sa monnaie, le yuan. Elle permettrait effectivement d'abaisser le coût des produits arrivant aux Etats-Unis et donc, d'absorber la hausse des droits de douane.

La rédaction avec AFP