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Budget italien : Bruxelles dénonce un dérapage sans précédent

Pierre Moscovici remet la lettre de la Commission européenne à Giovanni Tria, le ministre de l'économie italien.

Pierre Moscovici remet la lettre de la Commission européenne à Giovanni Tria, le ministre de l'économie italien. - ALBERTO PIZZOLI / AFP

Dans une lettre adressée au gouvernement italien, la commission européenne parle d'un dérapage budgétaire « sans précédent dans l'histoire du Pacte de stabilité et de croissance », et réclame à Rome des clarifications. Elle demande à l'Italie de lui présenter ses observations avant « le lundi 22 octobre à midi ».

C'est Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, qui a remis la lettre, ou plutôt le brûlot, au ministre de l'économie Giovanni Tria. Le message de Bruxelles est clair, avec son budget 2019, Rome a enfreint gravement les règles européennes. Cela, écrit la Commission, pourrait la mener à rejeter le projet de budget italien, ce qui serait une première dans l'histoire de l'UE.

Dans le détail, Bruxelles explique que les dépenses prévues par le gouvernement italien pour 2019 sont bien trop élevées. Elles vont augmenter de 2,7%, alors que les règles européennes n'autorisent le pays qu'à une hausse de 0,1%. Le déficit structurel, hors éléments exceptionnels et effets de la conjoncture, progresserait alors de 0,8%. Enfin, la dette publique italienne, qui se situe aujourd'hui à environ 130% du PIB, ne baisserait pas conformément aux règles fixées par l'Union Européenne, qui exigent une réduction régulière des niveaux d'endettement vers le seuil de 60%. « Ces trois facteurs sembleraient indiquer une non-conformité particulièrement grave aux obligations de politique budgétaire établies dans le pacte de croissance et de stabilité » conclue la Commission.

Rome ne compte pas modifier son budget

Le président du Conseil italien n'a pas tardé à répondre. « Nous savions que ce budget, pensé pour satisfaire les exigences des citoyens italiens, longtemps ignorées, n'était pas conforme aux attentes de la Commission européenne. Nous nous attendions donc à des observations », a répliqué Giuseppe Conte sur Facebook. Le budget italien est « bien pensé, bien construit et bien réalisé » a ajouté le président, qui a déjà prévenu qu'il n'existait pas de marge pour le modifier. « Cette commission européenne ne représente plus rien ni personne » a lancé quant à lui Matteo Salvini, le vice-Premier ministre italien.

Rome a dévoilé un budget 2019 avec un déficit public à 2,4% du PIB, une trajectoire très éloignée des 0,8% promis par le précédent gouvernement de centre-gauche.

Réunis à Bruxelles, les dirigeants de la zone euro ont évidemment réagi au cas italien. Angela Merkel a plaidé « le dialogue » avec le gouvernement italien. Mark Rutte, le Premier ministre hollandais s'est lui dit « très préoccupé ». Plus pragmatique, Emmanuel Macron a simplement expliqué : « Après 10 ans passés en procédure de déficit public excessif, la France ne donne pas de leçon ».

La rédaction avec agences