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Brésil : l'extrême-droite séduit les milieux d'affaires

Jair Bolsonaro, le candidat d'extrême-droite, pendant le débat présidentiel le 17 août 2018.

Jair Bolsonaro, le candidat d'extrême-droite, pendant le débat présidentiel le 17 août 2018. - NELSON ALMEIDA / AFP

Au Brésil, c'est le candidat de l'extrême-droite qui arrive en tête des intentions de vote du premier tour de la présidentielle ce dimanche. Jair Bolsonaro, un ancien militaire, séduit les milieux d'affaires avec son programme ultra libéral.

Il a beau confesser ne rien connaître en économie, il séduit les milieux d'affaires brésiliens. Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême-droite, s'est donc « marié », comme il dit, à un économiste de renom : l'ancien banquier ultra libéral Paulo Guedes. Cet ancien « Chicago Boy » (ce groupe d'économistes chiliens des années 1970, formés à l'Université de Chicago et influencés par Milton Friedman, prévoit de privatiser à tour de bras : 200 milliards d'euros destinés à réduire une dette de 77% du PIB. Il prévoit aussi d’instaurer un système de retraites par capitalisation. Mais Jair Bolsonaro a démenti en revanche vouloir introduire un impôt unique et abolir le treizième mois.

L'extrême-droite en tête des sondages

Son autre principal atout est de ne jamais avoir été mis en cause dans les scandales de corruption qui gangrènent la vie politique du pays depuis des années. Le tout fait oublier le discours ouvertement misogyne, raciste et homophobe de cet ancien capitaine de l'armée, ardent partisan de l'autodéfense et du port d'armes.
Jair Bolsonaro arrive désormais en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle qui a lieu ce dimanche. Selon l’institut de sondages Datafolha, il est crédité de 32 % des voix contre 21 % pour son principal adversaire, Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT) adoubé par l’ancien président Lula, incarcéré depuis 6 mois pour corruption.

Le candidat par défaut des investisseurs

Les investisseurs avaient d'abord misé sur les candidats du centre. Mais ni l'ancien gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Alckim (PSDB, centre droit), ni Henrique Meirelles, le candidat du parti du président sortant Michel Temer, n'ont réussi à percer. Mais ils ne veulent surtout pas de la victoire de Fernando Haddad, qui a promis d’abolir la réforme du Code du travail mise en place par l’actuel gouvernement et que les milieux d’affaires jugent efficace. I se dit par ailleurs hostile au gel des dépenses et entend faire pression sur le secteur bancaire pour qu’il baisse les taux d’intérêt.

Jair Bolsonaro est donc leur candidat par défaut. Mais cette complaisance à l’égard du candidat d’extrême droite inquiète non seulement la gauche brésilienne, mais aussi une partie de la droite : elle a d’ailleurs été dénoncée par la revue libérale The Economist, qui décrit Jair Bolsonaro comme une « menace pour l’Amérique latine » dans son édition du 20 septembre.

Delphine LIOU