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Bienvenue à Hainan, l'île chinoise qui veut faire de l'ombre à Hong Kong

Pékin entend faire de cette énorme station balnéaire une nouvelle plaque tournante économique. Le gouvernement a ainsi d'annoncé plus de 120 projets d'infrastructures dans cette île tropicale, cinq fois plus grande que la Corse.

Et si l'avenir de la Chine se construisait sur l'île de Hainan? Au large du Vietnam, en pleine zone tropicale, cette région administrative spéciale, grande comme cinq fois la Corse, est devenue une des priorités de Pékin. A quelques encablures de Hong Kong, Macao ou Canton, l'île va radicalement changer de nature. La décision vient d'être prise par l'Etat central qui a annoncé le lancement de projets d'infrastructures par dizaines, en commençant par un port franc qui fera de Hainan une plaque tournante du libre-échange en Asie du sud-est. Surtout, toute une politique d'avantages économiques devrait permettre un essor fulgurant de cette destination balnéaire un peu kitsch de la classe moyenne chinoise.

Plus complémentaires que rivaux?

Faciliter le commerce et les investissements... Difficile de ne pas y voir une région concurrente de la mal aimée Hong Kong. L'ancienne possession britannique peine, en effet, à sortir de la crise politique qui la secoue depuis plusieurs mois et les pays occidentaux commencent à prendre leur distance pour éviter l'intrusion de Pékin dans leurs affaires. De son côté, Hainan est certes, elle aussi, une région administrative spéciale depuis les années 1980 mais la contestation politique n'y existe pas. En revanche, c'est déjà une destination de choix pour les Chinois, notamment grâce à sa zone de duty free.

Son emplacement, sa taille (comparable à Taiwan) en fait donc un des leviers de la Chine pour les décennies à venir, alors que les places fortes de la finance asiatique, comme Singapour, peinent à sortir la tête de la crise économique.

Un vrai concurrent pour Hong Kong? Hainan et Hong Kong "sont plus complémentaires que concurrents" assure Lin Nianxiu, directeur adjoint de la Commission nationale de développement et de réforme, lors d'une conférence de presse, en juin dernier.

Des étrangers réticents

Reste que l'île affiche encore un certain retard notamment sur le plan économique avec une croissance à la traîne depuis plusieurs années. Un retard qu'elle entend pourtant rattraper au rythme fulgurant que la Chine est capable d'insuffler.

Pour Pékin, ce plan ambitieux présente aussi un revers. Certes, rediriger les flux de liquidités de Hong Kong vers Hainan évitera une sortie des capitaux et une consommation purement chinoise. Mais les entreprises étrangères voudront-elles investir dans une zone totalement contrôlée par Pékin? L'Etat promet la suppression, par exemple, des limites de taux de participation des entreprises étrangères dans les services de télécommunication. Une façon de séduire Européens et Américains qui rechignent à partager leur savoir faire avec les entreprises locales, obligation habituelle pour décroche le droit de s'implanter localement.

Thomas Leroy