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Baisse de la croissance mondiale : les tensions commerciales n’expliquent pas tout

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L’OCDE a une nouvelle fois sabré ses prévisions de croissance pour 2019 et 2020. Mais pour un analyste, c’est du côté de la Chine qu’il faut aller chercher les raisons de ce recul.

Poussée de pessimisme du côté de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a revu à la baisse ses prévisions pour la croissance mondiale. En 2019, elle ne dépassera pas 3,3%, compte tenu, souligne l’organisation, des tensions commerciales, des incertitudes politiques et d’« une diminution continue de la confiance des entreprises et des consommateurs ».

Cette révision à la baisse est particulièrement sensible au sein de la zone euro où la croissance ne devrait pas dépasser 1% cette année, contre 1,8% initialement envisagé au semestre dernier. Pour la France, l’OCDE table sur un gain de 1,3% et de seulement 0,7% en Allemagne. L’Italie entrera de son côté en récession.

Mais pour Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique au sein de Saxo Bank, « les tensions commerciales sont de fausses excuses. Indéniablement, la guerre commerciale a pour conséquence de ralentir les échanges commerciaux et de freiner la croissance des pays. Mais l’impact ne se révèle pas si important que ce que l’on laisse entendre. La véritable raison, c’est la croissance chinoise qui représente 1/3 de l’impulsion économique mondiale. Or, celle-ci est justement en berne. La deuxième raison qui explique ce ralentissement, c’est le fait qu’il y ait moins de nouveaux crédits dans l’économie. Ce qui entraîne, là encore, une stimulation moindre de l’activité. Donc les risques politiques et la guerre commerciale peuvent bien en partie (pour 1/3) justifier ce ralentissement économique, mais ils n’en constituent aucunement la principale raison ».

Autre coup de rabot annoncé par l’OFCE : celui portant sur l’année 2020. L’année prochaine, l’organisation table sur une croissance de la zone euro fixée à 1,2% (1,3% en France, 1,1% en Allemagne).

La France sauve les meubles

Une fois de plus pour Christopher Dembik, le fautif porte un nom : Chine. « Les mauvaises performances allemandes, notamment dans le secteur automobile, sont essentiellement liées à la Chine. La filière se trouve actuellement en situation d’atonie puisque les deux principaux leaders mondiaux (à savoir la Chine et les Etats-Unis) sont en berne. Or, l’Allemagne est essentiellement tournée vers les exportations pour son business. Cette situation la pénalise beaucoup », pointe l’expert.

Le fait que la France ne subisse, selon les prévisions de l’OCDE, qu’une perte de -0,2 point à 1,3% pour 2019 - dans la mesure où son économie se révèle moins dépendante des exportations - ferait presque figure de bonne nouvelle.

Mais le fait de constater est une chose. Proposer des solutions en est une autre. Ce à quoi s’emploie l’Organisation dans son rapport, soulignant le fait que les gouvernements de la zone euro auraient, selon elle, tout intérêt à « faire des efforts coordonnés sur les plans fiscal et structurel ».

Comment ? En baissant, d’une part, les impôts afin de soutenir la demande dans les pays aux finances publiques solides ; en libéralisant, d’autre part, leurs marchés, notamment dans les services, afin d’accroître la productivité. « Dans un monde idéal, cette double approche serait formidable », estime Christopher Dembik. « Sauf qu’aucun gouvernement n’est en mesure d’opérer un stimulus fiscal tout en faisant accepter des réformes structurelles à sa population. Le seul moyen d’enrayer un ralentissement économique, c’est de réaliser des stimuli budgétaires ». Ainsi, les tensions commerciales ont beau ne pas être à l’origine de la faiblesse de la croissance mondiale, les résultats restent ce qu’ils sont. A savoir : peu probants. Des résultats auxquels il conviendra cependant de s’habituer. Pourquoi ? Parce que de l’avis de Christopher Dembik, la situation dans les années à venir ne risque pas de s’arranger. « Nous tablons sur une croissance très faible en 2019 et 2020 avec, en prime, un risque de récession à considérer aux Etats-Unis », conclut-il.

Julie COHEN-HEURTON