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Allemagne : le refus de la limitation de vitesse sur autoroute au nom d’une culture nationale

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- - John Seb Barber - Flickr

En Allemagne, sur une majorité du réseau autoroutier, il n’y a toujours pas de limitation de vitesse. La piste étudiée d’une généralisation des 130 km/h tourne à la controverse nationale, avec un parallèle avec l’affaire française des 80 km/h sur les routes nationales.

Un débat public fiévreux. Le quotidien économique « Handelsblatt » soutient que la polarisation des points de vue sur le sujet est digne de celle des Américains concernant le contrôle des armes à feu. Une commission gouvernementale d’experts a été chargée de trouver les moyens de réduire les émissions de carbone dues aux transports.

L’Union européenne (UE) y veille, sous peine de sanctions financières si Berlin ne consentait pas à faire le nécessaire. L’une des idées avancées est de limiter à 130 km/h la vitesse pour l’ensemble des autoroutes, idée qui voit se confronter certaines conceptions de la vie publique. Cem Özdemir, l’un des principaux responsables des Verts, invoque la raison. Andreas Scheuer Le ministre conservateur des Transports réplique liberté.

Les partisans des 130 (ou bien 120) km/h mettent en avant l’impossibilité de maîtriser à 200 km/h un véhicule en situation anormale, le numéro 2 du syndicat de la police assurant qu’au moins une mort sur 4 pourrait être empêchée par une généralisation de la limitation de vitesse. Les associations d’automobilistes, comme l’industrie, ripostent à ces arguments par des séries de données de la sécurité routière, en constante amélioration.

Conduire sans restriction

Le rapport de la commission d’experts n’est censé être transmis qu’à la fin mars, souligne-t-on à la chancellerie, soucieuse de ne pas se prononcer sur cette recommandation. Le ministre des Transports ne paraît, lui, pas disposé à attendre. Il a décidé de repousser la prochaine réunion de ce groupe de travail et multiplie les interventions dans les médias afin de signifier son refus a priori : « Celui qui veut conduire à 120 km/h le peut, celui qui veut aller plus vite y est aussi autorisé », puisque « le principe de liberté a fait ses preuves ».

L’agence de presse DPA explique que pour de nombreux Allemands, cette liberté reste d’autant plus « chérie qu’elle contraste avec une société lourdement régulée ». Dans les années 1970, l’industrie automobile ouest-allemande a su transformer cette aspiration en un précepte de société qui serve son essor, inventant le slogan « conduite sans restriction pour les citoyens libres ».

Unanimité relative

Pourtant, auprès de l’opinion publique de 2019, l’unanimité contre les 130 km/h ne semble plus évidente. Dans un sondage de l’institut Emnid publié dimanche par « Bild », le titre le plus lu (et le plus influent) du pays, 52 % des personnes interrogées se déclarent favorables à une vitesse maximale comprise entre 120 et 140 km/h. Cependant, la mobilisation des opposants ne faiblit pas. Ils militent dans une pétition, qui recueillent des dizaines de milliers de signatures, pour que l’idée soit enterrée avant même sa formalisation par la commission d’experts.

D’après le texte, se met en place une « idéologie » visant à « détruire la voiture « à l’avenir » en Allemagne. La question de la vitesse ne serait, dès lors, qu’une des composantes de cette idéologie, aux côtés de la diabolisation du diesel et de la promotion de l’électrique. L’AfD, le parti anti-UE et anti-immigration, a décidé de l’ériger en thème de combat politique.

Son responsable pour les transports, Dirk Spaniel, accuse la coalition au pouvoir de chercher à « étrangler la mobilité individuelle » et, ainsi, porter atteinte à l’identité de la nation allemande. Instruit de l’affaire française des 80 km/h, le gouvernement d’Angela Merkel va donc certainement surseoir.