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H&M coupe les ponts avec un fournisseur chinois accusé de travail forcé de Ouïghours

Une famille ouïghoure à Kashgar dans le Xinjiang au nord-est de la Chine, le 10 juillet 2009

Une famille ouïghoure à Kashgar dans le Xinjiang au nord-est de la Chine, le 10 juillet 2009 - PETER PARKS © 2019 AFP

Un rapport publié fin juillet estime "qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendu dans le monde contient du coton ou du fil venu du Xinjiang est lié au travail forcé des Ouïghours"

Les géants du textile commencent à prendre leurs responsabilités face à leurs fournisseurs chinois du Xinjiang. Le géant suédois du prêt-à-porter Hennes et Mauritz (H&M) a ainsi annoncé mardi qu'il cessait toute relation avec un producteur de fil chinois en raison d'accusations de "travail forcé" de Ouïghours dans cette province.

Le détaillant a précisé qu'il ne travaillait avec aucun fabricant de vêtements de la région et qu'il ne s'approvisionnerait désormais plus en coton venant du Xinjiang, qui est la plus grande zone de production de coton chinoise.

Un rapport du think tank Australian Strategic Police Institute (ASPI), publié en mars, désignait H&M comme l'un des bénéficiaires du programme de travail forcé à travers sa relation avec le fabricant de fil teint Huafu qui a une usine dans la province d'Anhui (est de la Chine).

Enquête

H&M a assuré dans un communiqué qu'il n'avait aucune relation avec cette usine à Anhui, ni avec les opérations de Huafu au Xinjiang.

Mais le groupe suédois a toutefois concédé qu'il avait une "relation commerciale indirecte avec un moulin" situé à Shangyu dans la province Zhejiang (sud de la Chine), appartenant à Huafu Fashion.

"Même s'il n'y a aucun signe de travail forcé dans ce moulin de Shangyu, nous avons décidé, en attendant d'avoir plus d'informations sur ces allégations de travail forcé, d'éliminer progressivement cette relation commerciale avec Huafu Fashion Co, indépendamment de la situation et de la spécialité, pour les prochains 12 mois", a jouté le groupe en assurant qu'il allait mener "une enquête dans toutes les fabriques de vêtements avec laquelle (il) travaille en Chine".

Les pays occidentaux et de nombreuses organisations internationales, accusent Pékin de mener des persécutions à grande échelle contre les Ouïghours et d'avoir arbitrairement interné plus d'un million de musulmans du Xinjiang dans des camps.

Chaînes d'approvisionnement complexes

Un rapport publié fin juillet estime "qu’environ un vêtement en coton sur cinq vendu dans le monde contient du coton ou du fil venu du Xinjiang est lié au travail forcé des Ouïghours".

Plus de 180 ONG ont appellé les grands noms du secteur à couper tout lien avec cette province pour se fournir. D'autant plus que selon Associated Press et le Wall Street journal, quasiment toutes les grandes marques internationales de l'industrie de l'habillement se fourniraient dans les usines du Xinjiang et seraient donc liées d'une manière ou d'une autre à ces camps.

Mais "l'un des vrais défis est que les chaînes d'approvisionnement en vêtements sont maintenant si complexes que les entreprises ne savent même pas nécessairement qui sont tous leurs fournisseurs, ou même si elles peuvent identifier tous les fournisseurs. Il leur est difficile de savoir que 80 % du coton chinois est cultivé au Xinjiang", analyse Sophie Richardson, spécialiste de la Chine chez Human Rights Watch.  Le gouvernement américain a annoncé lundi qu'il allait bloquer l'importation d'une série de biens originaires de la région chinoise du Xinjiang, accusant Pékin d'y avoir recours au "travail forcé" de la minorité musulmane ouïghoure.

Olivier Chicheportiche avec AFP