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Villes connectées, villes intelligentes : le vrai challenge des banques de détail ?

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- - Nicolas ASFOURI / AFP

Pourquoi beaucoup de banques restent à ce stade désemparées face à l’apparition de villes intelligentes et connectées, de Smart Cities ?

Depuis quelques années, l’innovation bancaire se concentre sur quelques fonctions et usages : les paiements, le suivi des comptes, la souscription de produits. Ajoutons-leur l’épargne automatisée et un peu d’architecture ouverte, nous avons l’essentiel des nouvelles offres développées tant par les banques que par de nouveaux acteurs.

En somme, il s’agit surtout de simplifier et d’enrichir des pratiques courantes. Qu’on automatise et qu’on amplifie, bien plus qu’on ne transforme véritablement. Bien plus qu’on ne fait naître des comportements, des parcours et des modes de vie réellement nouveaux. Et sans doute est-ce pourquoi beaucoup de banques restent à ce stade désemparées face à l’apparition de villes intelligentes et connectées, de Smart Cities. Beaucoup d’établissements, en effet, ne savent pas comment appréhender ce sujet ou ne comprennent tout simplement pas en quoi il les concerne précisément. C’est que dans ce domaine, il ne suffit pas d’innover. Il faudra inventer.

Quelque chose est en train de naître

A ce stade, le sujet demeure très vaste et diffus. Donnant inévitablement l’impression qu’il part dans tous les sens. La ville connectée et intelligente, en effet, c’est tout à la fois la mobilité + l’immobilier + la transition écologique + l’économie collaborative + l’urbanisation + la gestion de données massives…

Cette liste n’est pas exhaustive. Quelque chose est en train de naître, en d’autres termes, qui n’offre pas une perspective bien délimitée. Les initiatives sont très disparates et le tableau d’ensemble est flou.

Toutefois, les premiers contours de la silhouette des villes connectées de demain peuvent être distingués. Première orientation : les différents modes de transport s’intègrent à un concept plus large de mobilité individuelle. Et celle-ci devient un service en soi. Il faut entendre par là qu’il ne s’agit plus de proposer simplement un ou des moyens de transport mais une assistance à la mobilité, mixant les différents types de transports pour optimiser les parcours et favoriser les choix.

Ce n’est là qu’un concept néanmoins et nous sommes encore loin de sa concrétisation. Mais déjà, Citymapper ou Grab (l’Uber asiatique) montrent la voie : outils de navigation, plateforme de services de déplacement, données, paiements et titres de transports seront regroupés dans une seule appli. Une seule offre. Pour cela, des partenariats s’imposeront. Ils ont commencé à se nouer : la SNCF et Renault, Uber et Paypal, BMW et Daimler, KBC et Q-Park…

Dans ce contexte, en termes d’usages, des bouleversements considérables vont être introduits. Avec les assurances « dynamiques » par exemple : primes calculées en temps réel, dédommagement instantané, … Mais l’élaboration de ces nouveaux services passera par des partenariats industriels, ce qui est un challenge considérable pour les banques car on pourrait très bien se passer d’elles !

Dans la ville de demain, beaucoup de nouveaux services sont à dessiner. La plupart du temps à travers des assemblages de solutions et le rapprochement d’acteurs. Avec leurs très larges bases de clientèle, leurs réseaux tout à la fois digitaux et de proximité (les agences et les GAB), les banques peuvent être à l’origine de nombreuses initiatives.

Challenge considérable

Cependant, beaucoup d’établissements ne l’anticipent que vaguement ou pas du tout. C’est qu’ici, on ne peut raisonner à la seule échelle d’une stratégie de produits ou même du parcours client. Il devient crucial de prendre en compte les grandes évolutions économiques, sociétales et territoriales.

Si l’on écoute différents acteurs, tels que Grand Paris Aménagement, en effet, la ville de demain pourrait bien privilégier les circuits courts, optimisant l’accès aux biens et services dans un périmètre restreint. On parle en ce sens de « la ville du quart d’heure ». Et, bien entendu, sous une telle perspective, il faudra penser différemment les réseaux de distribution. Les communautés virtuelles et l’économie collaborative acquerront une dimension importante. Les centres urbains seront revitalisés, ce qui supposera sans doute de passer à un immobilier modulable, mieux capable de répondre à des besoins évolutifs.

Ce qui suscitera également de nouveaux types de financement. Par ailleurs, l’offre immobilière sera inséparable de celle de mobilité – Renault se rapproche ainsi de Klépierre et de Kaufman & Broad.

Toutefois, il ne s’agit là, à ce stade, que d’une orientation possible. Un pari ! Une réalité qu’il faut faire naître et développer. L’e-santé, autre pilier des villes intelligentes et connectées, renvoie au même constat : force est de parier sur des changements globaux, touchant aux modes de vie, qu’il faut penser en termes de partenariats car personne ne dispose de toutes les données nécessaires pour bâtir les offres.

Le challenge est considérable car l’apparition de villes intelligentes et connectées conditionnera directement et au quotidien l’exercice des métiers de la banque de détail. Les banques peuvent y jouer un rôle d’assembleur de services, aussi bien que de « passeur » auprès du public pour qu’il s’approprie les nouvelles offres. Encore doivent-elles créer ce rôle car, dans le contexte particulier actuel des évolutions urbaines, les banques ne trouvent pas de concurrents directs mais pas non plus d’attentes qui leur seraient particulièrement adressées. Il ne s’agit donc pas pour elles de s’efforcer seulement d’être agiles mais également créatives.

Dans un tel contexte, il faut donc rappeler ce qu’un grand patron de banque aimait souligner : qu’en matière d’innovation, il n’y a pires boulets en interne que tous ceux qui n’ont rien contre le changement mais qui entendent aller étape par étape et qui veulent partir du concret. Il se pourrait bien que les différences actuelles d’approche entre banques face aux évolutions urbaines soient effectivement en train de le montrer.

Guillaume ALMERAS