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Travail du soir et du dimanche : nous avons changé de siècle !

Retrouvez la chronique de Jean-Marc Daniel à 7h50 du lundi au vendredi.

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La justice a condamné des magasins à fermer leurs portes en soirée ou le dimanche. A chaque fois les syndicats font valoir la nécessité de préserver les droits acquis et limiter la pénibilité du travail. Mais les salariés sont en général demandeurs.

Même si la loi leur interdit, les salariés sont souvent demandeurs de pouvoir travailler à des heures plus ouvertes que dans un cadre stricte recouvrant les 35 h légales. Les syndicats et les lois sur lesquelles ils s’appuient correspondent à un état de la production qui était celui du monde de l’industrie du XXe siècle. C’est dépassé.

Travailler le soir, le dimanche : est-ce une bonne chose ?

Les contraintes sur les heures de travail sont ambiguës. Les syndicats les présentent comme une marque de progrès social mais à l’origine les interdictions relevaient de coutume ou d’impératifs religieux. Le repos dominical correspond à une décision fondée sur un principe religieux. C’est l’empereur des Romains Constantin qui l’a mis en place en 321 et déjà, certains l’ont contesté en exprimant la volonté de pouvoir travailler comme ils le voulaient et comme ils l’entendaient. En fait, c’est le travail industriel qui permet de se référer au temps de travail et aux jours de travail. Dans l’industrie, la présence sur le lieu de travail s’identifie aisément à du travail. En outre ce qui n’est pas produit le dimanche peut l’être le lundi. Dans un magasin, on peut attendre très longtemps le client. Et le client du dimanche n’est pas forcément susceptible de venir le lundi.

Il faut donc se montrer plus libéral en matière de durée du temps de travail ?

Oui, car ce n’est pas un problème idéologique mais un problème d’évolution des métiers. Nous sommes dans une société de plus en plus de services et les services demandent de la souplesse dans l’organisation. Cela ne signifie pas qu’il faut allonger la durée du temps de travail. Mais les trains circulent le dimanche. A New York, le métro circule toute la nuit. En France les services d’urgence des hôpitaux ne ferment jamais…Une société de services est une société qui vit 24 heures sur 24.
Or la France là encore se distingue. A Bruxelles on négocie depuis des années un circulaire sur la durée du temps de travail et on voit clairement deux camps qui s’affrontent : un mené par la France qui veut des contraintes strictes ; un mené par l’Europe du Nord et certains pays d’Europe de l’Est qui réclament une plus grande liberté. En fait le combat sur les restrictions à l’ouverture des commerces est triplement perdu : parce qu’il ne correspond plus aux exigences de la production ; parce qu’il ne correspond plus aux attentes des salariés qui n’ont plus besoin de leur dimanche pour aller à la messe mais peuvent avoir besoin de leur mardi pour régler des problèmes personnels ; parce qu’il ne correspond plus aux attentes du consommateur qui dans une processus concurrentiel passe tous les aspects des offres des magasins et notamment leur disponibilité .

Que faut-il faire ?

Ne pas critiquer les juges qui ne font qu’appliquer la loi mais faire comprendre à nos législateurs qu’ils feraient mieux d’assouplir cette loi. D’abord parce que cela créerait des emplois (le travail du dimanche permettrait de créer près de 20 000 emplois dans le secteur de la distribution) ; ensuite parce qu’il vaut mieux prendre les devants avant d’avoir une nouvelle fois à faire porter le chapeau à Bruxelles.

Jean-Marc Daniel