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Nissan pose ses conditions à une fusion avec Renault

Thierry Bolloré et Jean-Dominique Senard, les dirigeants de Renault, Hiroto Saikawa, le patron de Nissan et Osamu Masuko, celui de Mitsubishi.

Thierry Bolloré et Jean-Dominique Senard, les dirigeants de Renault, Hiroto Saikawa, le patron de Nissan et Osamu Masuko, celui de Mitsubishi. - Behrouz MEHRI / AFP

Ce lundi se tient l’assemblée générale de Nissan qui va entériner l’éviction de Carlos Ghosn et l’entrée de Jean-Dominique Senard au conseil d’administration. Alors que Renault pousse à une fusion des deux constructeurs, Nissan souhaite avant tout conserver son indépendance.

L’entente cordiale va être longue à s’installer entre Renault et Nissan. Cinq mois après l’arrestation de Carlos Ghosn, les relations entre les deux partenaires restent tendues. Le nouveau président de Renault, Jean-Dominique Senard, a beau y mettre tout sa bonne volonté, le passif est encore très lourd du côté japonais pour tourner la page Carlos Ghosn.

Ce lundi 8 avril se tient à Yokohama l’assemblée générale des actionnaires de Nissan, parmi lesquels Renault (43%). Le constructeur japonais entérinera la destitution de son ancien président. Il accueillera aussi Jean-Dominique Senard à son conseil d’administration et comme vice-président. Dans la foulée, vendredi 12 avril, le nouveau « conseil de l’alliance » entre les dirigeants de Renault, Nissan et Mitsubishi se réunira pour la première fois pour célébrer les 20 ans de l’alliance entre les constructeurs français et japonais. Ces deux rendez-vous seront parasités par le retour en force médiatique de Carlos Ghosn qui a de nouveau été arrêté par la justice.

Sortir l’Etat français de Renault

Dans cette ambiance électrique, difficile pour Renault et Nissan d’avancer sereinement sur leur plus forte intégration. L’objectif est ambitieux : augmenter les synergies de coûts entre les deux groupes de 6 milliards à 10 milliards d’euros d'ici 2022. Un pas de géant qui oblige à prendre des décisions majeures et à une imbrication beaucoup plus forte de Renault et Nissan mais aussi désormais Mitsubishi, ce qui complique encore plus l’équation.

Profitant de la crise, Renault et son actionnaire l’Etat français, tente de remettre sur la table un projet de fusion, souhaitée depuis deux ans. « Les japonais ne sont pas encore mûrs, reconnaissait un cadre de Bercy il y a quelques mois. Mais on travaille à les convaincre ». Malgré le poids incontournable de Renault, son premier actionnaire à 43%, Nissan n’a pas l’intention de se laisser imposer une fusion dont il ne veut pas. « Renault ne peut pas forcer Nissan comme Nissan ne peut pas forcer Mitsubishi, s’insurge un proche du constructeur japonais. De toutes façons, s’il y a une fusion, ce sera sans l’Etat français ». L’éternel credo des japonais : sortir l’Etat français du jeu, qui « à un rôle trop fort chez Renault » ajoute-t-il.

Nissan veut imposer sa technologie

Selon nos informations, Bercy serait prêt à sortir du capital de Renault dans le cadre d’une fusion avec Nissan mais avec plusieurs garanties. D’abord le maintien des cinq usines, des sites industriels et des 47.000 emplois en France. Ensuite, le maintien de centres de décisions notamment dans la recherche et le développement ou l’innovation, dans le véhicule électrique par exemple. Enfin, l’Etat actionnaire est attaché à maximiser sa participation en cas de sortie du capital de Renault. La valorisation du constructeur français sera donc essentielle. « Ce débat n’est pas sur la table » répond laconiquement l’entourage de Bruno Le Maire. Mais il est dans tous les esprits.

Mais Nissan a d’autres revendications. La sortie de l’Etat français de Renault n’est pas suffisante. Le constructeur japonais souhaite conserver une certaine indépendance. Une fusion complète ne semble pas à son goût. « Nissan a besoin de garder son identité japonaise » explique-t-on dans l’entourage du groupe. Il en veut même davantage : imposer sa technologie et son ingénierie au sein de l’Alliance. Son modèle de voiture électrique par exemple, au détriment de la Zoé de Renault, ou plutôt son système de batterie pour l’ensemble des véhicules électriques de l’alliance. Un point sensible pour Renault. Les japonais se justifient par la taille de Nissan, deux fois supérieure à celle de Renault. En effet, le nippon a vendu 50% de voitures en plus que Renault en 2018.

La même gouvernance pour les trois constructeurs

Très attaché à son indépendance, Nissan entend surtout limiter l’intégration de l’Alliance à des mutualisations opérationnelles. « Il faut une stratégie commune et après chaque constructeur prendra sa décision » note un proche du constructeur japonais. Nissan a toujours refusé une fusion pure et simple qui donnerait trop de pouvoir « capitalistique » à Renault. Mais le groupe est prêt à resserrer les liens de l’Alliance. Il privilégie une structure « hybride » consistant à créer une société commune, un « organe central » explique cette source, contrôlant à la fois Renault, Nissan et Mitsubishi.

Elle présenterait surtout deux sièges, l’un à Yokohama, l’autre à Paris, sur le modèle d’Unilever assis sur Londres et Amsterdam. « Sauf que dans ce genre de système, il y en a forcément un qui prend le dessus sur l’autre » reconnait un observateur. En termes de gouvernance, l’idée de Nissan serait que les trois constructeurs disposent du même conseil d’administration pour harmoniser les décisions prises. Le seul moyen pour accélérer l’intégration des entreprises et dégager les 10 milliards d’euros de synergies à l’horizon 2022.