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Le rêve d’Uber de transformer les taxis en VTC va-t-il s’effondrer?

La loi Grandguillaume qui passera en novembre au Sénat mettra fin à la possibilité des taxis de travailler comme VTC. Les taxis sont contents, Uber s'insurge contre la fin de cette "concurrence".

La loi Grandguillaume qui passera en novembre au Sénat mettra fin à la possibilité des taxis de travailler comme VTC. Les taxis sont contents, Uber s'insurge contre la fin de cette "concurrence". - Geoffroy Van der Hasselt - AFP

Début 2016, le Conseil constitutionnel a permis aux taxis de travailler avec les plateformes de VTC. Pour les VTC, c’est un élément fondamental de la libre-concurrence. Pour les taxis, une attaque de leur modèle. La tension est vive entre les deux parties.

Il y a quelques mois, les tensions étaient très vives entre VTC et taxis. Elles le sont toujours, avec une nuance. À l'époque des manifestations de taxis, pas un artisan n’aurait imaginé travailler en parallèle pour un VTCiste. Aujourd’hui, ils seraient près de 500 à travailler pour Uber. La G7 reconnaît la tendance, comme nous l’a indiqué Serge Metz, son PDG. "Certaines plateformes VTC démarchent ouvertement les chauffeurs de taxi pour leur proposer de faire des courses sous le statut VTC, mais avec un véhicule équipé taxi. Quelques centaines auraient cédé". Quant à Alain Griset, président de l’Union Nationale des taxis, il juge carrément que ces chauffeurs sont des "égarés".

Chez Uber, les choses sont vues autrement. "Oui, les chauffeurs de taxis ont un avenir", nous a déclaré un porte-parole d'Uber. "Ils ont désormais trois moyens pour trouver des clients: la maraude, la réservation depuis une centrale de taxis et la réservation en tant que VTC depuis une application VTC. Les chauffeurs en sont les premiers bénéficiaires: aux plateformes de leur proposer le meilleur service pour que les chauffeurs travaillent avec elles".

Nous avons rencontré l’un de ces artisans qui préfère que son identité ne soit pas révélée. Adhérent à la G7, il travaille également avec l'appli Uber depuis l’été dernier. "Aujourd’hui, Uber représente entre 20 et 30% de mon activité",assure cet artisan taxi à BFM Business. Mais, selon lui, c’est un sujet sensible, voire tabou, dans la profession. "Certains voient Uber non pas comme un concurrent, mais comme un ennemi qu’il faut terrasser, c’est ridicule, d’autant plus que c’est l’État qui nous a mis dans cette situation en changeant les règles pour permettre aux VTC de nous concurrencer sans les mêmes contraintes. Résultat, la licence que j’ai payée 180.000 euros fin 2009 ne vaut plus que 130.000 euros".

Primes de parrainage, le bonus d'Uber aux taxis

Pour ce chauffeur -qui travaille 11 heures par jour- l’appli Uber offre un complément de revenu plus qu’appréciable. Et, en plus des courses, la filiale française du géant américain verse une prime de parrainage aux chauffeurs qui convainquent d’autres taxis d’intégrer la plateforme. Le parrain touche 500 euros dès la 20e course du filleul. Après 50 courses, parrain et filleul reçoivent 500 euros chacun.

Ce système n’est pas pour déplaire à notre artisan. "Si je pouvais, je travaillerais pour toutes les sociétés de taxis et les plateformes de VTC. Je suis artisan et personne n’a à me dire avec qui travailler et surtout avec qui il est interdit de travailler".

En fait, les choses sont bien plus complexes, comme c’est de tradition dans la législation sur le transport. En 2016, le Conseil Constitutionnel a autorisé les chauffeurs de taxi à travailler pour une plateforme de VTC. Mais la loi impose certaines conditions. Pour être en règle (article R3122-7), il est "interdit d'utiliser une voiture de transport avec chauffeur munie de tout ou partie des équipements spéciaux définis par le code des transports (article R3121-1) de nature à créer une confusion avec un véhicule de taxi." Ces équipements spéciaux sont constitués d’un lumineux (la borne de toit qui porte la mention taxi), d’un horodateur, d’un taximètre, d’une plaque de licence et même d’un terminal de paiement, "même si ces éléments distinctifs sont masqués", précise le patron de la G7.

La loi dit oui, mais à des conditions inapplicables

En bref, selon la G7, un artisan qui voudrait faire du VTC devra de fait disposer d’une voiture banalisée en plus de son taxi. "C’est normal, car sinon, cela créerait une confusion dans la clientèle qui verra un taxi arriver alors qu’il a commandé un VTC. Les clients vont trouver ça bizarre, non?", réagit Serge Metz.

Pour simplifier les choses, la loi Grandguillaume, qui passera devant les sénateurs en novembre, propose désormais de revenir sur cette possibilité. Une décision qui fait hurler les plateformes de VTC qui estiment qu’il s’agit d’une manière de refuser toute concurrence. "En apposant sa signalétique sur les carrosseries des voitures, la G7 a tout simplement fait en sorte de ne pas permettre à ses adhérents de travailler pour une plateforme de VTC Uber et de fait freiné toute possibilité de concurrence", nous a signalé une source proche du dossier.

Serge Metz réfute le stratagème: "Nous voulons plus de concurrence, mais en respectant des règles équitables". Alain Griset est encore plus catégorique: "Nous soutenons l’idée que les artisans travaillent avec plusieurs plateformes... de taxis. Il y a déjà cinq applications validées par l’État et connectées à la plateforme Le.Taxi. Pourquoi travailler en plus avec les applis des VTC?"

La loi qui crée une polémique sur la concurrence

En attendant, les artisans sont dans une sorte de trou noir avec d’un côté la loi et de l’autre son esprit. "C’est un véritable casse-tête", reconnaît le chauffeur que nous avons interrogé. Ce dernier ne dispose que d’un véhicule. Au départ, pour prendre des appels VTC il mettait un cache sur le luminaire. "Les autres taxis nous repéraient et cela a créé des tensions, parfois des dérapages". Il travaille donc désormais avec son lumineux, mais en toute illégalité.

Pour la G7, cette pratique est intolérable. "Ce n'est pas la première fois que ces plateformes encouragent le non-respect de la loi. Mais c’est bien le chauffeur qui peut en faire les frais en cas de contrôle!", tonne Serge Metz qui prévient: "Nous sommes intransigeant avec les chauffeurs qui ne respecteraient pas cette réglementation, comme nous le sommes pour tout manquement à la réglementation taxi". Un avertissement qui deviendra obsolète après l’adoption de la loi Grandguillaume qui devrait prohiber la double casquette taxi-VTC.

Uber tente de son côté de mobiliser ses clients: "Dans quelques jours, une loi va être votée au Sénat. Elle remet en cause votre mobilité. Elle menace l'avenir de vos chauffeurs et des entreprises du secteur. Vous aimiez ouvrir votre appli et que votre chauffeur arrive en moins de 5 minutes et à un prix abordable? C'est bientôt fini". Une pression indirecte sur les sénateurs qui seraient tentés de de cette concurrence.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco