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Lagardère n'a payé que 80 millions d'euros d'impôts sur la vente d'EADS

"L'Etat s'est enrichi" a assuré Arnaud Lagardère à ses actionnaires

"L'Etat s'est enrichi" a assuré Arnaud Lagardère à ses actionnaires - -

Le groupe a expliqué n'avoir bénéficié d'aucune faveur lors de cette cession qui lui a rapporté 2,3 milliards d'euros, et avoir juste appliqué les exonérations prévues par la fiscalité française.

"J'ai lu dans la presse que Lagardère aurait profité de l'Etat, malmené l'Etat, serait allé contre les intérêts de l'Etat... Mais l'Etat s'est enrichi, et tous les contribuables francais se sont enrichis avec vous et moi". A l'occasion de son assemblée générale vendredi 3 mai, Arnaud Lagardère a tenu a faire une mise au point concernant la cession de ses 7,4% dans EADS.

Lagardère n'a "clairement pas" bénéficié d'une quelconque faveur dans cette cession, a martelé le co-gérant du groupe Lagardère. "Nous n'avons bénéficié d'aucun régime de faveur", a abondé le directeur financier Dominique D'Hinnin. Certes, "la plus-value sur les cessions de long terme bénéficie d'une taxation atténuée" dans la fiscalité française, mais c'est aussi le cas dans plusieurs pays d'Europe, a souligné le numéro deux du groupe.

"Taxation atténuée"

Pour les plus-values de long terme, "s'applique le même taux que le taux normal de 36%, mais appliqué sur une base réduite à 12% de la plus-value. Nous avons donc payé 4,33% d'impôt", a-t-il expliqué.

Il n'a pas donné le montant d'impôt effectivement payé, mais le calcul est facile à faire. En effet, la vente des 7,4% d'EADS a rapporté 2,28 milliards d'euros. Or cette participation ne valait que 437 millions d'euros dans les comptes de Lagardère à fin 2012. La plus-value est donc de 1,85 milliard d'euros. L'impôt payé (4,33%) n'a donc été que de 80 millions d'euros (interrogé sur ce chiffre, le groupe n'a pas répondu).

Lagardère a donc pu annoncer le 15 avril avoir réalisé une plus-value nette d'impôts de 1,8 milliard d'euros. Mais une imposition aussi faible a été critiquée par le député UMP Jean-Luc Moudenc, qui a réclamé une modification de la fiscalité sur les plus-values.

Ponction sur la trésorerie

Autre sujet sensible: les actions détenues par Lagardère étaient non pas vendues en bourse, mais rachetées par EADS lui-même, dans le cadre d'un programme de rachat de ses propres actions. Précisément, EADS pouvait racheter jusqu'à 5,5% des 7,4% détenus par Lagardère. Une dépense importante (un peu moins de deux milliards d'euros) qui aurait pesé sur la trésorerie du groupe franco-allemand.

Mais cette polémique s'est éteinte d'elle-même. En effet, EADS n'a finalement racheté à Lagardère que 1,6% sur 7,4%, ce qui n'a coûté que 500 millions d'euros au groupe de défense (Lagardère a vendu le reste de ses 7,4% à des banques).

Pouvoir de nuisance

Dernier sujet polémique: EADS a-t-il cédé à Lagardère pour se débarrasser d'un actionnaire gênant, qui s'était notamment opposé au rapprochement avec le britannique BAE?

Vendredi, Arnaud Lagardère a apporté de l'eau au moulin de cette thèse, en admettant: "il est vrai que l'échec des négociations avec BAE a précipité les réflexions sur la gouvernance d'EADS..."

Jamal Henni