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L’Etat marginalisé dans la fusion entre Renault et Fiat

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie.

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie. - Eric Piermont AFP

Les deux constructeurs négocient les dernières grandes lignes de leur projet de fusion. Ils s’engagent sur l’emploi et les usines de Renault pour satisfaire les demandes du ministre de l’Economie. Mais la gouvernance sera à la main de Fiat et de la famille Agnelli.

Il ne manque plus que l’accord de l’Etat. Renault réunit ce mardi à 15 heures son conseil d’administration en vue d’étudier le projet de fusion avec Fiat-Chrysler, dévoilée il y a seulement une semaine. A priori, cette réunion doit aboutir à un feu vert des administrateurs de Renault. Pour autant, ceux de Nissan, qui sont arrivés à Paris lundi après-midi, pourraient demander un peu plus de temps pour approfondir quelques sujets. Notamment l’articulation du futur groupe Renault-Fiat avec Nissan, ce qui pourrait nécessiter deux jours de plus afin de convoquer un nouveau conseil d’administration de Renault, jeudi.

Les derniers détails sont en passe d’être levés. Ce week-end, l’Etat -actionnaire de Renault à 15%- a demandé des garanties en termes d’emploi et de sites industriels en France. « Bruno Le Maire a obtenu ses exigences » confie un proche de Renault. Le niveau de 46.000 salariés du constructeur en France et de ses 14 usines sera garanti pendant quatre ans, confirment plusieurs sources proches du groupe. Le ministre semble aussi avoir obtenu que des patrons opérationnels au niveau mondial pour Renault et Fiat soient également basés à Paris.

Quatre ans de délai et après ?

Deux petites victoires en trompe-œil pour l’Etat. « Les engagements sur l’emploi étaient prévus depuis le départ, explique un protagoniste. Ce sont à chaque fois les conditions de l’Etat à son feu vert dans les grandes fusions ». Cela était effectivement le cas lors du mariage Alstom-General Electric, Alcatel-Nokia ou plus récemment celui, finalement avorté, entre Alstom et Siemens. L’avenir a montré dans les deux premières opérations qu’une fois les délais passés, des suppressions de postes ont été annoncées : 1.000 chez General Electric et 460 chez Nokia.

Financièrement, l’Etat n’a pas hésité à lâcher du lest… Après plusieurs jours de débat sur la sous-valorisation de Renault, plusieurs sources rapportent qu’un dividende exceptionnel sera versé à ses actionnaires. « A la demande de Bercy » précise un proche de Renault. Une décision contradictoire qui abaissera un peu plus le poids de Renault dans l’édifice. Le montant de 750 millions d’euros, qui a été avancé par plusieurs sources, a été démenti par Bercy.

L’Etat marginalisé dans la gouvernance

Sur la gouvernance, point clé dans ces grandes fusions, Fiat conserve ses avantages. La présidence du futur ensemble sera attribuée au président de Fiat-Chrysler, John Elkann, qui détient 29% de Fiat et bientôt 14,5% de Renault-Fiat. A 43 ans, l’héritier de la famille Agnelli cumulera le poste de président et la place de premier actionnaire pour se rendre incontournable. L’actuel président de Renault, Jean-Dominique Senard, doit hériter des fonctions de directeur général pour quatre ans. Dans l’entourage de Renault, beaucoup estiment pourtant qu’il ne restera pas aussi longtemps et qu’il partira une fois la fusion réalisée, dans deux ans, alors qu’il aura 68 ans… Son successeur sera alors choisi par le conseil d’administration avec donc une voie prépondérante de son président, John Elkann, ouvrant la voie à un dirigeant issue de Fiat-Chrysler. Le poste de directeur général ne sera en aucun cas désigné par Renault.

De son côté, l’Etat décrochera un siège au conseil d’administration du futur groupe, en cohérence avec sa petite participation de 7,5%. Mais il abandonne ses droits de vote double et son droit de veto pour les décisions stratégiques dont il dispose chez Renault. Son pouvoir restera donc très limité face aux quatre administrateurs chacun de Renault et Fiat. L’Etat sera marginalisé dans ce mariage.