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Et si Mitsubishi finissait par sauver l'alliance Renault-Nissan?

Contrairement à ses deux puissants alliés, le petit constructeur de pickups affiche de jolis résultats, y compris en Europe où les ventes ont augmenté de 4% en 2019. La direction de Renault espère bien en profiter pour atténuer les mauvais résultats de la marque au losange.

Au sein de l'alliance Renault-Nissan, on a souvent tendance à oublier le petit troisième Mitsubishi. Le constructeur japonais a rejoint l'alliance en 2016 lorsque Nissan a décidé de monter à hauteur de 34% de son capital. Carlos Ghosn devient alors le président de Mitsubishi Motors la même année.

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Quatre ans plus tard, le spécialiste du pick-up, sauvegardé par son compatriote, pourrait bien être son sauveur. Car si les écarts de taille restent majeurs (Nissan a vendu 473.810 véhicules en Europe en 2018, en attendant les chiffres de 2019, contre trois fois moins pour Mitsubishi), le rapport de force s'est inversé. Nissan a totalement sombré l'année dernière, annonçant même un nouveau profit warning le 13 décembre dernier: les ventes sont en chute libre dans le monde entier et aucune éclaircie ne semble pointer à l'horizon.

Nissan, "c'est un souci"

Ce mardi, une assemblée générale extraordinaire doit avoir lieu pour remanier le conseil d'administration et tenter d'endiguer les pertes. "Pour qu'une alliance soit forte, il faut que ses trois composantes soient fortes" explique à BFM Business Clotilde Delbos, la directrice générale de Renault.

"Donc effectivement, c'est un souci. C'est un souci pour nos actionnaires parce que les dividendes que nous recevions de Nissan, nous les transférions à 100% pour nos actionnaires par le passé."

Il y a deux ans, Nissan apportait dans les caisses de Renault, son principal actionnaire, quasiment 3 milliards d'euros. Cette somme a fondu comme neige au soleil pour atteindre l'an dernier 240 millions d'euros.

Il faut donc changer de stratégie. Ces derniers mois, l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a été remise à plat. Au menu: synergies, rationalisations et des rôles bien définis. Il faudra encore attendre le mois de mai pour connaitre les nouveaux périmètres de chacun d'autant plus que le grand patron de Renault (et à terme de l'alliance), l'Italien Luca de Meo, est attendu pour juillet.

"Aucune raison que Mitsubishi n'ait pas un rôle important"

Mais ce qui est sûr, c'est que Mitsubishi va monter en puissance dans l'alliance. "Mitsubishi est très différent de Renault et Nissan, c'est plus petit, c'est plus frugal mais c'est également plus rentable à l'heure actuelle" confirme Clotilde Delbos. "Donc on a tout intérêt à travailler avec eux de façon à 'leverager' (renforcer, ndlr) un maximum Mitsubishi. Il n'y a aucune raison que Mitsubishi n'ait pas un rôle important, à part entière dans l'alliance."

Avec des ventes en hausse (+4% en Europe, +0,5% au niveau monde à 1,23 million d'unités), le petit poucet offre de meilleures perspectives, notamment dans le cadre de la transition énergétique. L’Outlander PHEV est ainsi resté en 2019 l’hybride rechargeable le plus vendu en Europe.

De là à sauver le trio franco-japonais à la peine? Il en faudra probablement d'avantage. Mais dans la crise actuelle que connaissent Renault et Nissan, c'est une petit bouffée d'oxygène dont ils auraient tort de se priver.

Thomas Leroy avec Jean-Baptiste Huet