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Démission du patron de Nissan: quelles conséquences pour Renault?

Hiroto Saikawa, directeur général exécutif de Nissan, a été poussé vers la sortie. Sa démission, qui sera effective le 16 septembre, pourrait rebattre les cartes dans l'alliance automobile Renault-Nissan.

Rattrapé par un scandale de prime indûment perçue, le directeur général exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, s'apprête à quitter son poste. Le groupe, qui vit un nouvel épisode de sa profonde crise depuis l'arrestation et l'éviction de Carlos Ghosn, a annoncé lundi que sa démission serait effective le 16 septembre prochain. Ses jours semblaient comptés: à plusieurs reprises, des actionnaires du groupe ont réclamé son départ, le jugeant trop associé à l'ère Ghosn.

Hiroto Saikawa, même s'il a été le protégé de Carlos Ghosn pendant des années, a aussi été l'artisan de sa chute. Après le départ du magnat de l'automobile, au lieu de se raccrocher à l’alliance et aux nouveau dirigeants de Renault, il a préféré défendre coûte que coûte une forme d'isolation de Nissan au sein de l'alliance automobile, attisant les tensions avec le constructeur français.

Le dirigeant japonais, bien décidé à défendre l'autonomie de Nissan, s'est opposé à toute influence extérieure, estimant qu'il valait mieux s'occuper en interne des difficultés du constructeur japonais. D'autant que, cultivant une forme de nationalisme autour de Nissan, il a combattu toute idée de fusion totale avec Renault – même s'il a montré, ces derniers temps, des signes d'ouverture.

Or, Hiroto Saikawa laisse derrière lui un maigre bilan: la réforme de la gouvernance se fait toujours attendre, et n'a donné aucun résultat concret jusqu'à présent, et les bénéfices du constructeur sont en chute libre. Et l’enquête en interne qu’il a lui-même ordonnée après l'arrestation de Carlos Ghosn s'est retournée contre lui. En défaut aussi bien en matière industrielle que sur le plan de la bonne gouvernance, il a été poussé vers la sortie.

Vaste restructuration

Son départ précoce arrive à un moment peu propice pour Nissan: le constructeur japonais, dont les ventes sont au plus bas, vient d'entamer une vaste restructuration de ses activités de production, qui va passer par la suppression de 12.500 emplois dans le monde. Au moment où l'alliance avec Renault, dont Carlos Ghosn était la clef de voûte, a été mise à mal par son éviction, suscitant les craintes des investisseurs sur l'avenir du partenariat.

Nissan doit maintenant lui trouver un successeur. Mais sera-t-il plus ouvert avec Renault? L'alliance, paralysée pour le moment, a besoin de reconsolider ses liens. Hiroto Saikawa n'a pas su établir une relation de confiance avec la nouvelle direction de Renault, et la tâche de son successeur sera difficile. Le projet de fusion entre Renault et Fiat-Chrysler avait en effet avorté en juin dernier devant les réticences de Nissan et de l'Etat français, soucieux de retisser d'abord les liens avec les Japonais.

Une nouvelle opportunité ?

ce départ ressemble donc à une belle opportunité pour relancer l'alliance. D'ailleurs, Hiroto Saikawa a dit vouloir laisser la place à une "nouvelle génération de dirigeants" chez Nissan, expression intéressante, car elle faisait partie du discours de Renault, ces derniers mois, qui appelait aussi de ses voeux une nouvelle génération chez le constructeur nippon.

Désormais, les yeux sont tournés vers Jean-Dominique Senard, le patron de Renault, fin diplomate. Il fait partie du comité des nominations chez Nissan, il aura donc son mot à dire sur la désignation du nouveau patron du constructeur japonais. A lui de redonner un nouveau souffle à l'alliance.

J. B. avec Antoine Larigaudrie et AFP