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Nissan : les raisons d'une catastrophe

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- - TOSHIFUMI KITAMURA / AFP

Face à des bénéfices quasiment réduit à néant au 1er trimestre, le groupe va supprimer finalement 12.500 postes à travers le monde.

Plus noir que le plus noir des scénarios. Après une exercice 2018 déjà éprouvant, Nissan voit ses bénéfices quasiment réduits à néant sur le 1er trimestre fiscal. A -98%, le résultat net du constructeur japonais s'établit à 1,6 milliards de yens, l'équivalent d'à peine... 13,5 millions d'euros. Un chiffre microscopique pour un constructeur du calibre de Nissan.

Le bénéfice net, lui, plonge de 94%. Si Nissan avait d'ores et déjà prévenu que l'ensemble de son exercice 2018-2019 serait encore très difficile, ce 1er trimestre marque les esprits tant le groupe semble ne plus arriver à endiguer ni la baisse de ses ventes à travers le monde, ni celle de sa profitabilité.

Coupes claires, réductions de capacités

Nissan n'a d'autre choix désormais que d'opter pour une restructuration en profondeur, avec des suppressions de postes encore plus élevées que prévues. 12.500 postes vont être supprimés sur 14 sites à travers le monde, 10% de ses effectifs mondiaux, contre 10.000 évoqués il y a encore quelques jours. Le but de Nissan est de réduire ses capacités de production de 10% à horizon 2022.

Le groupe doit d'urgence réduire la voilure sur les zones où il n'est plus assez profitable. Mais le choix va être complexe, tant Nissan subit des déconvenues, à plus ou moins grande échelle, sur la quasi-totalité des zones où il opère. Certes l'Amérique Latine a été évoquée comme marché désormais trop peu rentable pour Nissan, mais l'essentiel de ses contre-performances est dû à une conjoncture qui reste très difficile notamment en Amérique du Nord et en Europe.

Aucune zone géographique épargnée

Sur le marché américain, le groupe en est toujours à tenter de sortir de la logique de chasse aux volumes et de rabais qui a fait tant de mal à la profitabilité. Hiroto Saïkawa avait promis un changement sensible de politique, avec de meilleurs équilibres de prix et une restauration de l'image de marque... Mais les effets sont pour l'instant insensibles, après une baisse de 8% des ventes déjà sur l'année précédente. Sur le 1er trimestre, Nissan voit encore ses ventes américaines reculer de 3,7%.

Mais la situation n'est guère plus brillante en Europe, avec une baisse de 16,3%, alors que Nissan avait vu ses ventes reculer de 17% déjà sur l'ensemble de l'exercice annuel précédent. Sur le marché français, mois après mois, on assiste à des reculs à 2 chiffres, pouvant atteindre parfois plus de 30%. Et même le marché japonais, réputé plus résistant, est désormais difficile avec un repli de 2,6% sur le 1er trimestre.

Nissan, aux prises avec un chantier difficile concernant la réforme de sa gouvernance, doit affronter un vrai retournement de marché sur lequel le constructeur est en retard technologique par rapport à beaucoup de ses concurrents. Des facteurs extérieurs viennent s'ajouter, comme les fluctuations des coûts des matières premières et des taux de changes, ainsi que de lourdes enveloppes d'investissements pour développer des motorisations moins polluantes.

Objectifs très tendus

Nissan malgré tout maintient pour le moment ses précédentes prévisions, estimant visiblement que ce 1er trimestre constitue le creux de la vague. Le groupe prévoit toujours une baisse de 47% de son bénéfice pour l'année, avec un chiffre d'affaires en léger recul de 2,4%. 

Mais les dynamiques actuelles du marché, ainsi que l'énorme retard accusé sur le 1er trimestre, vont rendre le chantier du redémarrage de Nissan extrêmement complexe... et sans doute réveiller les doutes des actionnaires face à un tel niveau de dégradation. Sans même parler du fait que ces chiffres pourraient envenimer à nouveau les rapports avec son partenaire Renault...