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Dassault Aviation veut faire moins travailler ses employés à salaire égal

Les salariés veulent s'assurer que Dassault Aviation n'opérera aucun licenciement économique dans les trois prochaines années

Les salariés veulent s'assurer que Dassault Aviation n'opérera aucun licenciement économique dans les trois prochaines années - Gaika Iroz - AFP

Confronté aux baisses de commandes de son jet d'affaires, le Falcon, l'avionneur propose à ses salariés de réduire leur temps de travail jusqu'à 32h pour 2017, pour le faire repasser ensuite jusqu'à 42h les deux années suivantes.

Travailler moins pour gagner autant. Le concept, qui pourrait très bien être défendu par le candidat du PS à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, pourrait être à la mode en 2017 chez Dassault Aviation.

En effet, depuis octobre dernier, la direction tente de négocier un accord triennal avec les syndicats portant sur le temps de travail sur la période 2017-2019. Comme l'ont rapporté les Échos, vendredi 27 janvier, le PDG du groupe Éric Trappier s'est entretenu avec les représentants du personnel à ce sujet, et leur a proposé de moduler leurs heures sur les trois années à venir.

32h puis 42h

"La direction a fait l'hypothèse d'une baisse de charge pour 2017 et d'une surcharge pour 2018 et 2019. Faisant ce constat, elle propose de travailler moins en 2017 sur les différents sites de production. Pour les salariés les plus impactés, la semaine pourrait ainsi passer à 32h avec la même rémunération", explique à BFMbusiness.com Yann Prigent, délégué syndical central adjoint de la CFDT Dassault Aviation. Dans les faits, les employés de Dassault Aviation ne travailleraient pas 4 jours par semaine ni moins de 6h30 par jour, mais multiplieraient les RTT.

"Ensuite, en 2018 et 2019, ce temps de travail pourrait augmenter pour aller jusqu'à 42 heures", ajoute-t-il. En compensation, la direction propose de majorer de 10% les heures travaillées au-delà de 38h (la durée "normale" d'une semaine de travail chez Dassault Aviation).

Cette initiative de la direction vise à trouver un moyen de faire face aux baisses de commandes sur le Falcon, le jet d'aviation dont les ventes, contrairement à celles du Rafale, font grise mine. En 2016, Dassault n'a enregistré que 33 prises de commande sur cet avion, contre 45 en 2015 et 90 en 2014, frappé de plein fouet par un marché de l'aviation d'affaires en berne.

Les ventes en berne du Falcon

L'idée est donc de réduire la production sans tailler dans les effectifs. Pour cela, au-delà des mesures sur le temps de travail, la direction entend également opérer des transferts de charges entre les sites, et avoir recours aux congés de formation, congés de fin de carrière ou encore au prêt de personnels à des entreprises partenaires, selon les Échos.

Reste que les négociations s'annoncent âpres. D'après le quotidien économique, la CGT refuse catégoriquement cet accord rendu possible, il est vrai, par la loi Travail que le syndicat a férocement combattu au printemps 2016. Si la CFE-CGC y est favorable, la CFDT, elle, réclame d'une part un référendum sur cet accord au niveau des salariés concernés, et d'autre part la garantie qu'aucun licenciement économique pour les trois années à venir ne serait effectué.

"On peut considérer que la direction a suffisamment de visibilité pour 2017. Nous avons plus d'interrogations pour 2018 et 2019. Et que se passerait-il alors si les montées en cadence faites dans ces projections ne se concrétisaient pas?", s'interroge Yann Prigent.

Joint par BFMbusiness.com, Dassault Aviation a indiqué ne pas vouloir faire de commentaires sur les négociations en cours.

Julien Marion