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Contrôle technique à 1 euro: est-ce vraiment possible?

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- - Mychèle Daniau-AFP

Un site web promeut la réservation du contrôle technique automobile à 1 euro dans un centre tiers. Mais les places disponibles à ce prix sont limitées et plusieurs départements ne sont pas servis. Le syndicat professionnel SCTV conteste ces tarifs low cost.

Après l'aérien ou l'hôtellerie, les prix bradés émergent dans un secteur inattendu: le contrôle technique obligatoire des automobiles. Et c'est Internet qui, sans surprise, est le vecteur de ces offres low cost, par le truchement de plateformes de réservation en ligne.

L'une d'entre elles, CTeasy, propose de réserver des contrôles techniques dans des centres spécialisés partenaires, bradés au prix d'un euro. De quoi attirer le chaland sachant que ce rendez-vous obligatoire (pour les véhicules de plus de quatre ans) coûte en moyenne 67,27 euros avec des fortes disparités selon les régions et le type de véhicule (essence ou diesel).

Cette offre à un euro a tous les atours d'un prix d'appel. Chaque centre spécialisé agréé, affilié à la plateforme Internet CTeasy, s'engage par contrat à proposer deux visites par semaine à 1 euro, soit 8 par mois. Le plus souvent, le centre agit pour combler des créneaux inoccupés, comme le font déjà les hôteliers avec les plateformes Internet comme booking.com.

Huit places à 1 euro par centre et par mois

Pour en bénéficier, il faudra toutefois veiller tard. Ces offres à prix low cost sont mises en ligne dès minuit, le 1er de chaque mois. Seuls les premiers connectés sont les premiers servis et les places à un euro sont rares. Sinon le site propose aussi des prix remisés à -30% et -50% sur ces contrôles techniques, selon la même logique. Mais il n'est pas le seul dans ce cas.

"Nous testons ce concept de contrôle technique à prix bradé depuis environ quatre années et nous avons déjà vendu 10.000 contrôles techniques à 1 euro durant cette période" explique Arnaud Lorente, fondateur du site internet, qui revendique un peu plus d'une centaines de centres partenaires.

Mais tous les professionnels du contrôle technique ne voient pas d'un très bon oeil cette approche commerciale radicale. "Proposer des créneaux de visite à 1 euro est contraire à toute logique économique du point de vue du gestionnaire du centre. Quant aux promotions, elles existent déjà chez de nombreuses enseignes appartenant à des réseaux nationaux. Or, le centre devra en plus reverser, sur ce prix remisé, une commission à cet intermédiaire" explique Martine Houlière, présidente du syndicat du contrôle technique des véhicules (SCTV).

Le syndicat SCTV avait déjà saisi le tribunal à propos de CTeasy

Elle rappelle aussi qu'en 2012, son syndicat avait saisi le juge des référés du tribunal de commerce de Paris à propos de CTeasy. À l'époque, le juge avait ordonné à cette société "de préciser sur son site, en caractères apparents, les conditions de disponibilité de son offre à partir d'un euro, et d’indiquer dans chacun de ses messages, sur le site ou sur un autre support, comment accéder au texte de ces conditions".

Mais le diable se niche dans d'autres détails. À ce jour, il existe seulement un peu plus d'une centaine de centres dans une quarantaine de départements. Pour combler ces lacunes géographiques, l'objectif affiché par les créateurs du site est de convaincre, d'ici fin 2016, 400 centres de contrôle technique en France.

Avec CTeasy, le client ne prend pas rendez-vous en ligne. Il réserve et paie par avance un coupon de réduction. Il lui faudra ensuite téléphoner au centre technique offrant le contrôle technique à 1 euro pour choisir son créneau horaire, et risque de se voir imposer un rendez-vous. Or, les places low cost se situent en général dans les plages horaires les moins demandées: tôt le matin pour le contrôle technique.

Le fondateur de CTeasy balaie par avance cette objection: "Les clients sont habitués aux prix cassés sur Internet. Ils savent quelles en sont les contraintes, sachant que c'est un contrôle technique en bonne et due forme dans un centre agrée, qu'ils ont acheté". La guerre des prix sur le contrôle technique a déjà commencé.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco