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Bruxelles ouvre une enquête approfondie sur la fusion PSA-FCA

La Commission européenne craint une réduction de la concurrence, notamment dans le secteur des véhicules utilitaires. Sur BFM Business, Guillaume Roty, le porte-parole de la Commission européenne en France, se veut néanmoins rassurant.

La Commission européenne a annoncé mercredi l'ouverture d'une enquête approfondie sur le projet de fusion entre les constructeurs automobiles PSA (Peugeot, Citroën) et Fiat Chrysler, craignant une réduction de la concurrence.

Les deux groupes, qui pourraient donner naissance au numéro 4 mondial du secteur, occupent "une position forte" sur le marché des véhicules utilitaires, a expliqué la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. "Nous évaluerons avec soin si l'opération proposée aura un impact négatif sur la concurrence", a-t-elle ajouté.

PSA (avec Peugeot, Citroën et Opel) pèse en Europe plus d'un quart de ce marché sur la base des chiffres 2019. Le groupe Fiat ajoute 9% supplémentaires. L'ensemble cumulerait donc plus de 34% de parts de marché, plus du double du numéro 2, Renault, qui est à 16,4%.

Pas de remèdes proposés par les constructeurs

Le projet de fusion avait été notifiée à la Commission le 8 mai. A l'issue d'une enquête préliminaire, les deux groupes avaient décidé de ne pas soumettre d'engagements - comme des cessions d'activités ou de sites, par exemple -- pour répondre aux préoccupations de Bruxelles.

L'exécutif européen a désormais jusqu'au 22 octobre 2020 pour rendre sa décision.

Malgré l'ouverture de cette enquête, PSA et FCA réaffirment l'objectif de conclure leur fusion "d'ici la fin du 1er trimestre 2021", selon un porte-parole cité par l'AFP.

La fusion entre le constructeur italo-américain (Fiat, Chrysler, Jeep, Maserati, Alfa Romeo, Dodge et Ram) et le Français PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vauxhall) doit donner naissance au numéro 4 mondial du secteur.

Ensemble, les deux groupes ont cumulé en 2019 environ 170 milliards d'euros de chiffre d'affaires et ont vendu près de 8 millions de véhicules.

Rappelons néanmoins que le fait de lancer une enquête approfondie ne préjuge en rien de l'issue finale de la décision de la Commission européenne.

"Pour l'instant, on demande un peu plus de temps"

D'ailleurs, des concessions ou remèdes ne seront pas forcément demandés. Un point confirmé par Guillaume Roty, le porte-parole de la Commission européenne en France sur BFM Business. "Ce qu'on dit c'est qu'il faut qu'on regarde un peu plus loin, il faut qu'on comprenne un peu mieux comment ce marché (des petits utilitaires, NDLR) fonctionne (...) ça ne veut pas dire qu'on demande quoi que ce soit à qui que ce soit. Pour l'instant on demande juste un peu plus de temps pour comprendre les effets que pourraient avoir cette fusion sur la concurrence et pour décider, si il y a besoin, d'agir en conséquence".

Le responsable rappelle que le but d'une "enquête phase 2 (approfondie, NDLR) c'est de faire aboutir les fusions, je rappelle que l'immense majorité des fusions dans l'Union européenne sont acceptées par la Commission européenne et les cas où on demande des concessions ou des remèdes et les cas où on interdit la fusion sont extrêmement rares".

Débat sur la concurrence en Europe

L'annonce de cette enquête ne manquera pas de relancer le débat sur l'assouplissement des règles concurrentielles en Europe, porté notamment par la France et l'Allemagne. 

La France a ainsi critiqué le rejet par la Commission du rapprochement des activités ferroviaires d'Alstom et de l'allemand Siemens en février 2019. Bruno Le Maire, ministre de l'Economie avait alors parlé d'"erreur économique".

Et en février dernier, les ministres de l'Economie de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et de la Pologne avaient écrit à Margrethe Vestager afin d'assouplir dès cette année les règles encadrant les fusions.

On pouvait y lire que "la nature de la concurrence a changé" et que "les entreprises européennes doivent (…) faire face à des entreprises étrangères bénéficiant parfois d'aides d'Etat substantielles et de marchés domestiques protégés". Et d'appeler à une "modernisation" des règles sur les concentrations, "pour assurer une juste concurrence et introduire plus de flexibilité". 

Olivier Chicheportiche avec AFP