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American Airlines va demander une aide de 12 milliards de dollars pour éviter une faillite retentissante

Dans le cadre du gigantesque plan de relance américain, la compagnie devrait bénéficier de cette aide, qu'elle va officiellement demander. En échange d'une probable prise de capital de l'Etat.

Saignée par la pandémie de Covid-19, American Airlines, la première compagnie aérienne américaine, va officiellement demander à bénéficier d'une aide publique de 12 milliards de dollars lui ayant été allouée pour préserver les emplois et lui éviter la faillite mais pourrait, en échange, se voir contraindre d'accueillir l'Etat dans son capital.

Le gouvernement fédéral a accordé, dans le cadre du plan de relance de la première économie du monde de plus de 2.000 milliards de dollars, "50 milliards de dollars à l'aviation civile, dont environ 12 milliards de dollars ont été alloués à American Airlines", écrivent le PDG Doug Parker et le numéro 2 Robert Isom, dans un document consulté mardi par l'AFP.

Un secteur très touché

"Nous avons l'intention de soumettre une demande pour obtenir ces fonds et nous sommes confiants dans le fait qu'ils vont nous permettre de traverser cette crise même si le pire des scénarios se réalisait", poursuivent-ils dans ce message destiné à leurs équipes. 

United Airlines et Delta Air Lines, les deux autres grandes compagnies aériennes américaines, n'ont pas encore dévoilé leurs intentions. Chaque société a jusqu'au 3 avril pour demander l'aide.

Le secteur aérien est l'un des plus touchés par la crise sanitaire mondiale qui a conduit à l'arrêt de la plupart des vols transatlantiques et de nombreux vols nationaux. 

La baisse du pétrole ne suffira pas

La récente chute des prix du pétrole et les mesures d'économies annoncées jusqu'ici par les compagnies aériennes (annulations des commandes de nouveaux avions, congés sans solde, plans de départs volontaires, réduction des salaires de dirigeants et suspension des dividendes) ne sont pas parvenues à arrêter les dégâts.

American Airlines a droit à des subventions directes de 6 milliards de dollars pour l'aider à payer les salaires et à 6 milliards sous la forme de prêts garantis pour traverser la crise sanitaire.

Ne pas licencier

L'an dernier, les rémunérations salariales ont représenté 34% des dépenses, soit le premier poste des coûts loin devant le kérosène, chez la compagnie aérienne qui employait 133.700 personnes.

Le Trésor américain exige des compagnies qui vont accepter l'argent du contribuable de ne pas licencier, ni diminuer les salaires et prestations sociales, ni mettre au chômage technique leurs employés jusqu'au 30 septembre, selon des grandes lignes publiées lundi.

Elles s'engagent également à ne pas verser de dividendes et à ne pas distribuer leurs liquidités à leurs actionnaires au moins jusqu'au 30 septembre 2021. Elles ne peuvent pas se déclarer en faillite non plus.

Cette aide ne les empêche toutefois pas d'envisager d'autres mesures sociales draconiennes.

Plan de départs volontaires

American, dont plus de 60% des vols ont été déprogrammés pour avril et 80% pour mai en raison d'une cascade d'annulations des réservations et des mesures de confinement, va mettre en place un plan de départs volontaires et propose un guichet pour les salariés souhaitant prendre une retraite anticipée.

"Ce qui change c'est que nous incluons maintenant le versement d'un salaire partiel aussi bien pour les départs volontaires que pour les retraites anticipées", insistent Doug Parker et Robert Isom.

L'aide du contribuable pourrait toutefois avoir comme contrepartie que l'Etat entre au capital du groupe. Des responsables de l'administration Trump ont indiqué qu'ils étaient en train d'étudier la possibilité que l'Etat prenne des participations dans les compagnies aériennes dans le cadre du plan de sauvetage. 

Place aux négociations

Les termes de cette aide vont être discutés une fois qu'American Airlines en aura fait officiellement la demande, mais la compagnie va à la table des négociations avec des marges de manoeuvre limitées.

Sa valeur en Bourse a diminué de plus de moitié lors des cinq dernières semaines, s'établissant à seulement 5 milliards de dollars, ce qui l'expose à une possible offre publique d'achat (OPA). 

Sa dette s'élevait à près de 24 milliards de dollars au 31 décembre et American Airlines ne disposait d'une trésorerie que de 7,3 milliards de dollars en début du mois.