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Sharp surprend en préférant l'offre de reprise du taïwanais Foxconn

Le conseil d'administration de Sharp a marqué une préférence pour l'offre de sauvetage proposée par le groupe taïwanais Hon Hai/Foxconn, mais ne s'est pas prononcé définitivement en ce sens.

Le conseil d'administration de Sharp a marqué une préférence pour l'offre de sauvetage proposée par le groupe taïwanais Hon Hai/Foxconn, mais ne s'est pas prononcé définitivement en ce sens. - Kazuhiro Nogi-AFP

L'icône déchue de l'électronique japonais préfère l'offre de rachat de la maison-mère du sous-traitant d'Apple, plus généreuse que la proposition japonaise. Mais les discussions ne sont pas achevées.

Une ex-star de l'industrie japonaise va-t-elle passer sous pavillon étranger? Le conseil d'administration de Sharp, en grande difficulté, a marqué une préférence pour l'offre de sauvetage proposée par le groupe taïwanais Foxconn, qui fabrique notamment en sous-traitance, l'iPhone d'Apple.

Sharp ne s'est pas prononcé définitivement en ce sens, a indiqué le PDG du groupe, Kozo Takahashi. L'offre concurrente du fonds semi-public japonais INCJ n'est pas écartée à ce stade et le groupe "va continuer les discussions avec les deux dans l'espoir de prendre une décision définitive dans environ un mois", a-t-il précisé.

"Nous n'avons pas décidé à qui donner la priorité. Tout en étudiant les propositions, nous consacrons plus de ressources (à l'étude de l'offre) de Hon Hai. Mais cela ne veut pas dire que nous leur donnons des droits de négociation prioritaires", a déclaré le PDG de Sharp. Si l'option d'un rachat de l'industriel par le géant taïwanais était validée, ce serait un camouflet pour les autorités et l'establishment japonais qui se sont toujours mobilisés en faveur de solutions nationales de reprise lorsqu'une firme nippone était en grave difficulté.

Sharp veut éviter un démantèlement de l'entreprise

La maison-mère de Foxconn a présenté une offre de reprise particulièrement généreuse, à hauteur de 300 milliards de yens, soit environ 2,5 milliards de dollars, pour acquérir la totalité du japonais Sharp. Un montant supérieur de 50% à la valeur du groupe. Il accepterait aussi d’assumer une dette de 760 milliards de yens, soit 6,3 milliards de dollars. 

Cette offre lui permettrait d'éviter l'autre alternative qui se présente à lui, celle d'un démantèlement comme le suggère l'autre proposition, d'origine japonaise, l'INCJ. Ce fonds envisagerait en effet de sortir dans une société à part l'activité des écrans plats LCD pour la marier ensuite au concurrent et compatriote Japan Display qu'a créé le même INCJ en 2012.

"Pour Sharp, qui a plus de 100 ans, il est important que puisse être perçu un potentiel de croissance en gardant les gènes de la société", a souligné le PDG de Sharp. Les difficultés du groupe d'électronique japonais ne lui donne aucune marge de négociation: son destin sera confié, à court terme, à l'un des deux repreneurs en lice.

Les pertes se sont accumulées pour Sharp

L'industriel a fait état d'une perte nette de 108,3 milliards de yens (830 millions d'euros) pour les 9 premiers mois de l'exercice 2015-2016, en raison d'une rentabilité réduite à néant et de charges exceptionnelles. Sans plan de sauvetage, son avenir est plus qu'incertain.

Sharp n'a pas établi de prévision annuelle de résultat net, même s'il espère toujours finir l'exercice en mars 2016, avec un bénéfice d'exploitation de 10 milliards de yens (77 millions d'euros). Le chiffre d'affaires du groupe s'est établi à 1.943 milliards de yens (15 milliards d'euros), en chute de 7,1% sur un an, sous l'effet d'une forte baisse des ventes de dalles d'écrans à cristaux liquides (LCD) pour divers équipements, ainsi que de TV, téléphones cellulaires et purificateurs d'air.

Les recettes tirées des systèmes d'énergie solaire ont aussi fortement chuté. Seules celles des activités de bureautique et des modules caméras pour mobiles ont augmenté. Ces mauvaises performances opérationnelles ont entraîné un plongeon dans le rouge du résultat d'exploitation, avec une perte de 29 milliards de yens (223 millions d'euros), contre un bénéfice de 51 milliards un an plus tôt.

Des charges de restructuration et dépréciations d'actifs se sont ajoutées à ces résultats qui prouvent les difficultés dans lesquelles se débat Sharp depuis des années. 

Frédéric Bergé