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Pour "The Sun", les contenus payants n'ont pas payé

Le quotidien britannique redeviendra gratuit le 30  novembre à deux services près : le Club Dream Team, un jeu de fantasy football, ou l'application «The Sun Classic», qui offre une version en pdf du quotidien.

Le quotidien britannique redeviendra gratuit le 30 novembre à deux services près : le Club Dream Team, un jeu de fantasy football, ou l'application «The Sun Classic», qui offre une version en pdf du quotidien. - Andy Buchanan - AFP

Constatant que son passage au payant sur internet avait surtout profité à ses concurrents, et notamment au Daily Mail, le quotidien le plus lu du Royaume Uni a décidé de revenir à la gratuité pour les articles publiés sur son site.

Le dilemme qui remue la presse depuis l’avènement d’Internet reste d’actualité. Faut-il faire payer les contenus au risque d’avoir moins de lecteurs ou mieux vaut-il privilégier l’audience, et donc la publicité, en offrant les articles en ligne aux internautes?

Après deux années d’expérience payante, The Sun a décidé de faire machine arrière. Dès le 30 novembre, le quotidien britannique redeviendra gratuit à deux services près: le Club Dream Team, un jeu de fantasy football, ou l'application "The Sun Classic" qui offre une mise en page du quotidien équivalente (pdf) à celle de sa version papier. La nouvelle a été officialisée par un communiqué de presse de News UK, la division britannique de News Corp, la société de presse et d'édition de Rupert Murdoch.

La raison qui a incité le groupe à prendre ce virage à 180 degrés est la faiblesse des résultats obtenus après deux années de services payants, le site enregistre toujours le même nombre de visiteurs uniques mensuel qu’en 2013, soit 33 millions d’internautes. Mais parmi eux, 225.000 seulement ont accepté de payer.

Le site du Daily Mail en a largement profité

Pour Rebekah Brooks, directrice du titre, le retour au gratuit est plus que nécessaire. "Cette évolution de la stratégie numérique permettra de préserver -et d'améliorer- la place unique que le Sun occupe dans la culture britannique", a-t-elle indiqué pour rassurer les salariés du quotidien. Un constat qui met à mal celui de Rupert Murdoch qui à l'époque justifiait le choix du payant: "demander aux lecteurs de payer pour le contenu est le seul moyen de protéger l'avenir de la presse".

En fait, cette stratégie a eu un effet contraire aux attentes. Pendant ces deux années de payant, le groupe a ouvert la porte à des concurrents qui n’ont pas laissé passer cette occasion unique de grignoter des parts de marché publicitaire au quotidien qui reste néanmoins le plus lu du Royaume-Uni. Premier gagnant dans l'opération, MailOnline, le site gratuit du DailyMail qui attire désormais environ 200 millions de visiteurs uniques chaque mois, soit six fois plus que The Sun.

Selon le Financial Times, c’est bien la stratégie du payant qui a aidé MailOnline à s'imposer. Malgré quelques initiatives comme le Club Dream Team qui a séduit 1,25 million de clients, "le journal a été éclipsé par MailOnline qui est devenu le plus visité le site d'un journal de langue anglaise dans le monde."

En tout cas, c'est une bonne nouvelle pour les lecteurs du Sun qui dans quelques semaines retrouveront en ligne leurs informations préférées. A moins qu'ils aient découvert que l'herbe gratuite est plus verte ailleurs.

Pascal Samama avec AFP