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Optimisation fiscale: polémique autour du PDG de Vente-privée

Jacques-Antoine Granjon a lancé vente-privee.com en janvier 2001 avec ses sept associés.

Jacques-Antoine Granjon a lancé vente-privee.com en janvier 2001 avec ses sept associés. - AFP - Bertrand Guay

Le site Les Jours affirme que le PDG du site français de ventes événementielles et certains de ses proches détiennent des sociétés de participations financières immatriculées au Grand-Duché. Jacques-Antoine Granjon répond que sa "holding personnelle (...) est franco-française mais dispose d'une filiale au Luxembourg".

"Faites ce que je dis, pas ce que je fais". Le populaire proverbe pourrait-il s’appliquer au patron de Vente-privée? D’après une enquête publiée ce 12 juillet par le site Les Jours - fondé par d’anciens journalistes de Libération -, Jacques-Antoine Granjon et certains de ses proches "multiplient" les holdings au Luxembourg, ce symbole européen de l’économie offshore. Et ce, alors même que cet entrepreneur star ne cesse de dénoncer les paradis fiscaux et ceux qui y ont recours à longueur d’interviews et de conférences.

À partir de 2009, le PDG de Vente-privée et ses associés ont eu recours à l’entreprise de domiciliation United Trust, afin de créer des sociétés de participations financières au Luxembourg, affirme le site Les Jours. Certaines sont des filiales de l’entreprise de ventes événementielles dont le siège est implanté à Saint-Denis, d’autres relèvent du patrimoine de l’entrepreneur. En tout, il y en aurait une douzaine.

Orefa, filiale d'Orefi

Suffisant pour éveiller des soupçons d'optimisation fiscale. Au Luxembourg, l’impôt sur le revenu des collectivités (équivalent de notre impôt sur les sociétés) dont le capital dépasse 15.000 euros est de 21% de l'ensemble des bénéfices imposables, contre 33,33% en France (au-delà des 38.120 premiers euros de bénéfices).

Dans l’article, est pris pour exemple l’une de ces holdings, Orefa, créée en avril 2009 et propriété conjointe de Jacques-Antoine Granjon et de l’un des administrateurs de Vente-privée, Julien Sorbac. 300 millions d'euros d’actifs y seraient logés. La société détient notamment des œuvres d’art - Jacques-Antoine Granjon les collectionne et en décore les locaux de Vente-privée à Saint-Denis -, un jet privé, des participations dans la chaîne Numéro 23 ainsi que dans diverses sociétés en Israël et aux États-Unis. Cette holding a "pour objet l'acquisition et l'aliénation d'une collection d'oeuvres d'art" et "d'avions" ainsi que leur gestion et valorisation, est-il précisé sur Legilux, le Journal officiel du Luxembourg, fait remarquer l'AFP. Elle "a en outre pour objet l'acquisition, la gestion, la mise en valeur et l'aliénation de participations, de quelque manière que ce soit, dans d'autres sociétés luxembourgeoises et étrangères", indique Legilux. 

Orefa est une filiale d’Orefi (Orientale et Financière), holding française par le biais de laquelle il gère son empire. Lui qui, d’après Challenges, est à la tête d’une fortune de 800 millions d’euros grâce aux 30% de parts qu’il détient au sein du capital de Vente-privée.

Les activités à l'international de Vente-privée

"Je n’ai pas de holding personnelle au Luxembourg. Ma holding personnelle, Orefi, est franco-française mais dispose d’une filiale au Luxembourg, la société Orefa, consacrée aux investissements étrangers", se défend l’entrepreneur français dans un courriel adressé aux Jours. Orefa n’a toutefois pas de salarié ni d’activité propre, indique le site. Elle ne serait qu’un maillon du montage financier - ce qui n’a rien d’illégal.

Dans un mail adressé à l'AFP ce mardi, Jacques-Antoine Granjon indique à nouveau "ne pas avoir de holding personnelle au Luxembourg". Et répète: "Ma holding personnelle Orefi (...) est franco-française mais elle dispose d'une filiale au Luxembourg, la société Orefa, consacrée aux investissements étrangers, dont les murs qui abritent nos sièges sociaux et tous nos bureaux à Luxembourg" a-t-il précisé, dénonçant un "article à charge destiné à [leur] porter préjudice".

Les activités d’autres holdings luxembourgeoises détenues par l’entourage de Jacques-Antoine Granjon sont également détaillées dans l’enquête. Toujours à la même adresse luxembourgeoise, est immatriculée une société baptisée Vente-privee.com holding, filiale à 100% de la société française. D’après Les Jours, "tous les investissements internationaux du groupe" transitent par cette société de participations financières, dont le montant total des participations est estimé à 550 millions d’euros. 

Jacques-Antoine Granjon reconnaît que Vente-privée "dispose de plusieurs filiales dans l'Union Européenne ainsi qu'au Luxembourg" et que "l'une d'elles a été utilisée pour les investissements" de la société aux États-Unis. L'entrepreneur souligne toutefois que "toutes les activités de Vente-privee.com sont centralisées à St-Denis, en France, où nous payons nos charges sociales et nos impôts sur l'intégralité de nos bénéfices et chiffre d'affaires".

Adeline Raynal avec AFP