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Moissonner des données pour faire de l’agriculture de précision

Depuis mars 2016, BASF teste Maglis, une plateforme en ligne pour accompagner les agriculteurs dans la gestion de leurs cultures et de la commercialisation de leurs productions, en fonction de données agronomiques et météorologiques.

Depuis mars 2016, BASF teste Maglis, une plateforme en ligne pour accompagner les agriculteurs dans la gestion de leurs cultures et de la commercialisation de leurs productions, en fonction de données agronomiques et météorologiques. - BASF

"Les agriculteurs vont bientôt disposer d'encore plus de données pour piloter leurs exploitations de façon plus précise. Les capteurs connectés les y aideront, en collectant des données qui les aideront à affiner leurs récoltes et le traitement de leurs cultures."

A l’occasion du Salon International de l’Agriculture qui s’est tenu à Paris du 26 février au 7 mars 2016, les organisateurs ont publié un dossier de presse dans lequel ils qualifient de « futuristes » l’imagerie satellite ou encore les drones. Il n’en est rien. Ces technologies sont déjà utilisées mais présentent toutefois quelques limites.

En revanche, les capteurs mesurant des variables agronomiques et météorologiques au plus près des cultures présagent, eux, de l’agriculture de demain. En effet la façon de piloter une exploitation agricole doit évoluer pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’à en croire l’Organisation des Nations Unies, pour être en mesure d’alimenter les 9 milliards d’individus qui peupleront la Terre en 2050, la production mondiale de nourriture doit croitre de 60% d’ici là. Ensuite, parce que les consommateurs sont de plus en plus soucieux de l’origine des produits qu’ils achètent et de leurs traitements. Enfin parce que les exploitants souhaitent améliorer leurs marges.

La récolte des données aussi importante que celle des cultures

Les capteurs disséminés partout dans les fermes (parcelles, cuves, silos, engins…), connectés à un système de gestion central, aideront à relever ces défis. Ils permettent par exemple de mesurer des valeurs météorologiques et agronomiques au milieu d’un champ. C’est ce que propose Weenat, une startup française dont l’un des capteurs relève la température et l’humidité de l’air et du sol toutes les quinze minutes. Les agriculteurs consultent ensuite ces informations sur un site Internet, depuis leur ordinateur, leur tablette ou leur smartphone.

Mais le réel intérêt de cette mesure est, par la suite, l’utilisation d’outils d’aide à la décision pour optimiser certaines pratiques agricoles. Weenat a ainsi lancé un service en ligne de conseils sur les traitements phytosanitaires: quand et quelle quantité de pesticide, herbicide, fongicide ou insecticides appliquer, en fonction des valeurs mesurées par les capteurs. Un prochain service permettra quant à lui de déterminer le meilleur moment pour irriguer, en fonction de la quantité d’eau disponible dans le sol.

En route pour le big data agricole

Loin du gadget, ces capteurs ont d’ores et déjà fait leurs preuves. Les sociétés NEC et Dacom ont conjointement réalisé en 2014 un test sur des exploitations de pommes de terre à Brasov, en Roumanie. Résultat: les agriculteurs ayant utilisés les capteurs connectés ont réduit de 40% par hectare leurs dépenses en engrais chimiques.

Demain, les bénéfices seront probablement supérieurs, grâce au traitement d’un volume plus conséquent de données. En mars 2016 par exemple, The Climate Corporation, filiale du spécialiste des biotechnologies agricoles Monsanto, a noué des accords avec une dizaine de fournisseurs agronomiques et le constructeur d’engins John Deere pour recueillir les données de leurs clients fermiers que chacun d’entre-eux possède. Dès lors les agriculteurs peuvent visualiser toutes leurs données depuis une même interface, au lieu d’avoir à basculer entre celles de leurs différents prestataires agronomes. On peut ainsi imaginer la façon dont les outils du big data indiqueront par exemple quelle variété d’une culture planter ou encore comment ajuster au mètre près la quantité de produits chimiques à diffuser, en fonction de l’évolution de la composition chimique d’une parcelle et à un instant donné.

Un secteur déjà investi par de nombreuses startups

Le secteur de l’agritech, ces technologies et services numériques dédiés aux secteurs alimentaire et agricole, est en plein essor. Selon Agfunder, une place de marché pour startups en quête d’investissements, les jeunes entreprises du secteur ont levé 4,6 milliards de dollars en 2015, deux fois plus qu’en 2014. 84 d’entre-elles, spécialisées dans l’agriculture de précision via les capteurs connectés notamment, ont d'ailleurs levé 661 millions de dollars l’année dernière.

Eddye Dibar