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Le défi d’Apple pour reconquérir le cœur des geeks… et des analystes

Apple ne peut laisser ses concurrents s'accaparer le marché de la réalité virtuelle. Après des rachats de start-up et des dépôts de brevets, le groupe a recruté un expert du secteur.

Apple ne peut laisser ses concurrents s'accaparer le marché de la réalité virtuelle. Après des rachats de start-up et des dépôts de brevets, le groupe a recruté un expert du secteur. - Johannes Eisele - AFP

Les ventes d’iPhone fondent et l’iPad ne fait pas de miracles. Apple cherche la technologie qui lui redonnera peut-être le rôle de locomotive de l’innovation. En parallèle d’une Apple Car, le groupe californien a des vues sur la réalité virtuelle.

Après avoir fait fantasmer des millions de geeks et attiré vers les technologies d’autres millions d’internautes notamment avec l’iPhone, Apple doit renouer avec le rêve qui en Californie se transforme souvent en argent sonnant et trébuchant.

Il y a la voiture du futur, mais si le buzz fonctionne à plein régime, les résultats tardent à arriver à l’inverse des autres sociétés, qu’elles soient de l’automobile ou des high-tech, qui sont entrées en phase offensive. Est-ce ce retard qui, il y a quelques jours, a poussé Steve Zadesky à quitter le projet deux ans après avoir été débauché? L’intéressé évoque des "raisons personnelles".

En parallèle de ce marché qu’aucun groupe high-tech ne peut ignorer puisqu’il est incontournable, un secteur de pointe a été un peu mis de côté par Apple, mais sur lequel le groupe affiche désormais des ambitions de plus en plus fortes. Il s’agit de la réalité virtuelle qui peut générer des ventes de matériel et créer un nouvel écosystème avec un magasin d’applis.

Pour Tim Cook, la réalité virtuelle, c'est "cool"

Pendant longtemps, le groupe de Steve Jobs le regardait avec un mélange de crainte et de mépris. La crainte de cannibaliser et de ringardiser ses autres appareils et du mépris sur cette évolution dont le potentiel ne semblait pas intéresser le groupe. Mais ça, c’était avant.

En dévoilant les chiffres qui même s’ils font rêver les concurrents déçoivent les analystes, Tim Cook, PDG d’Apple, a lâché quelques mots sur ce marché qui mobilise très activement Facebook, Samsung, Microsoft, Google, Sony ou HTC. "Je ne pense pas que ce soit une niche. Je pense qu'il est vraiment cool et a quelques applications intéressantes." Une manière de calmer les analystes et d’annoncer à ses clients que la révolution numérique ne se limite pas aux appareils tactiles devenus des objets de consommation communs.

D’ailleurs, si Apple parle de réalité virtuelle c’est parce que la machine est déjà lancée. Difficile d’imaginer que Tim Cook soit à ce point admiratif de la stratégie de ses concurrents. Encore plus difficile d’imaginer qu’Apple soit en retrait d’une évolution qui pourrait bousculer les marchés grand public et professionnels.

Sur ce terrain, le groupe avance à pas feutrés. L’an dernier, il a discrètement racheté des start-up spécialisées dans le domaine: Emotient, Faceshit, PrimeSens et Metaio. Ces trois acquisitions sont complémentaires. Ces entreprises travaillent sur les plateformes, les contenus, la reconnaissance faciale ou les images 3D.

Ces rachats ont été dévoilés par la presse américaine. Et, pour toute réponse, Tim Cook s’est contenté d’expliquer qu’il rachetait "des petites entreprises de temps en temps et nous ne commentons pas nos raisons ou intentions". Encore moins les montants engagés. 

Autre indice, le dépôt d’un brevet pour un casque de réalité virtuelle qui est le ticket d’entrée pour se positionner sur le marché. L’idée est d’en faire, comme l'Apple Watch, un périphérique de l’iPhone. 

Doug Bowman, un ponte du secteur chez Apple

Le groupe vient tout juste d’avancer un nouveau pion avec le recrutement de Doug Bowman, un expert de la réalité virtuelle qui est chargé de coordonner les travaux pour trouver un pont avec la voiture connectée, la cartographie, le jeu, la formation ou le pilotage à distance de drones. Considéré comme un pionnier des interfaces 3D et des interactions entre l’humain et la machine, cet enseignant est en congé sabbatique de l’université Virginia Tech.

Reste désormais à savoir quand Apple présentera son casque VR et ses applications. Même si les choses peuvent aller très vite, les concurrents ont une avance notable qui pourrait faire passer Apple comme un suiveur, plutôt que comme un innovateur.

Pour le moment, la star reste Oculus racheté par Facebook il y a deux ans pour 2 milliards de dollars. Pourtant, malgré cette avance, Mark Zuckerberg a préféré retarder à juillet 2016 le lancement de son casque qui était prévu pour le début du printemps.

Apple aura-t-elle le temps de damer le pion de Facebook ou préférera-t-elle prendre son temps comme avec l'Apple Watch? Un choix stratégique sur lequel repose l’avenir de la marque et sa capacité à faire rêver le public qui désespère de renouer un jour avec les one more thing de Steve Jobs.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco