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Hasheur, le youtubeur qui met le bitcoin à la portée de tous

Sur Youtube, Instagram ou Twitter, il répond au nom de Hasheur. Derrière l'écran, il s'appelle Owen Simonin, a créé son entreprise, embauché six salariés et fait déjà un million d'euros de chiffre d'affaires.

Owen Simonin a 20 ans et est le Youtubeur crypto-monnaie le plus suivi de France. Sur sa chaîne, il décrypte et vulgarise le monde des "monnaies virtuelles" depuis un peu plus d'un an : "quand j'ai commencé à m’intéresser à la blockchain [la technologie informatique qui sous-tend les crypto-monnaies], j'ai découvert qu'il n'y avait aucune vidéo en français sur Youtube pour en parler. Alors je me suis lancé".

À l'époque, le terme bitcoin était encore confidentiel et ses vidéos ne cumulaient que quelques centaines de vues par jour, contre plus d'une dizaine de milliers aujourd'hui. La courbe d'évolution de ses abonnés n'est d'ailleurs pas si différente de celle du cours du bitcoin.

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L'engouement médiatique et populaire qu'a suscité la blockchain ces derniers mois n'est pas la seule raison de son récent succès. Hasheur, qui officiait en T-shirt avec sa webcam depuis son salon, est maintenant en chemise sur un bureau et en haute-définition. Une mise à jour esthétique qui renforce la crédibilité de ses propos dont le fond est documenté et qui commencent la plupart du temps par la phrase "pensez à diversifier vos sources d'information". 

Récemment, il s'est fait remarquer en publiant une réponse à une courte interview donnée par Bruno le Maire à l'Agence économique et financière (Agefi) sur la régulation du bitcoin. Le Ministre de l'économie y faisait quelques erreurs factuelles que le jeune youtubeur s'est empressé de corriger en vidéo, avant d'être repris par de nombreux médias.

Parmi ses productions les plus vues, on retrouve "Bitconnect, l'arnaque du siècle". Dans cette vidéo, il dénonce l'architecture d'une crypto-monnaie qui promet aux investisseurs qui acceptent d'en acheter des rendements élevés et à taux fixe (à l'inverse des cours en montagnes russes des autres crypto-monnaies) : "Je me suis assis sur plus d'une centaine de milliers d'euros en faisant cette vidéo. Et j'ai reçu des menaces de mort juste après sa publication". Il faut dire que bitconnect proposait un généreux système de parrainage (7% de commission sur les novices que vous ameniez sur la plateforme) qui a poussé bon nombre de twittos ou youtubeur à en faire la promotion. Une véritable pyramide de Ponzi qui s'est effondrée le 17 janvier dernier, laissant principalement les petits investisseurs sur le carreau.

L'image du jeune détaché des montants astronomiques que l'on peut voir circuler dans le monde des crypto-monnaies, il y tient: "parfois, comme ça le matin, un de mes abonnés m'envoie un bitcoin (9.000 euros) en me disant merci, qu'il a gagné beaucoup d'argent grâce à moi. Mais je lui renvoie" (Oui, nous aussi nous avons sursauté).

Il insiste : "je ne donne pas de conseils aux gens contre de l'argent. En revanche, je fais tout pour développer mon entreprise et un jour j'y serai très bien rémunéré". Car, derrière la marque Hasheur, il y a la Just-Mining, une société basée non loin de Metz en Lorraine, qui emploie 6 salariés, dont 4 en CDI.

Chez Just-Mining, on vend des "BOB", de gros ordinateurs conçus exclusivement pour faire les calculs nécessaires à la sécurisation des transactions faites sur la blockchain (le minage) et empocher les récompenses pour travail effectué, produites par le système.

Composants, logiciels, service après-vente... Tout est fait pour que le plus néophyte des mineurs (celui qui "mine") apporte sa pierre à l'édifice naissant des crypto-monnaies. Ces machines sont facturées entre 1.000 et 3.700 euros pièce en fonction de leur puissance de "hash", un terme utilisé en informatique et en cryptographie qui est au centre de la technologie de la blockchain. Un terme qui, vous l'aurez compris, aura inspiré "Hasheur" pour son pseudo. 

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Depuis sa création en mai 2017, la société a réalisé un million d'euros de chiffre d'affaires en vendant ses produits, pratiquant "de petites marges" assure son fondateur. Pour la suite, ce dernier voit grand et espère "faire entre fois deux et fois dix" du nombre de ventes sur l'année 2018. Une chose est sûre, le jeune entrepreneur ne manquera pas d'énergie pour y arriver.

Tom Mery