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Fusion Orange-Bouygues : SFR y gagnerait plus que Free 

Bouygues devrait retirer 10 milliards d'euros de la vente de sa filiale, en échange d'une participation dans'Orange. Les rétrocessions d'actifs par Orange représenteraient 6 milliards d'euros,

Bouygues devrait retirer 10 milliards d'euros de la vente de sa filiale, en échange d'une participation dans'Orange. Les rétrocessions d'actifs par Orange représenteraient 6 milliards d'euros, - Alain Jocard-AFP

"SFR reprendrait, selon Le Monde, une bonne part des clients fixes et mobiles de Bouygues Telecom et son activité Entreprise, laissant à Free le réseau et les fréquences mobiles 3G et 4G.  "

Qui de SFR ou de Free sera le grand bénéficiaire de la cession des actifs de Bouygues Telecom, en cas d'accord avec Orange ? Dans le cadre de cette future et inédite redistribution des cartes entre les quatre opérateurs télécoms, SFR serait prêt à reprendre une grand part des clients actuels de la filiale de Bouygues. Orange ne pourra tous les garder en raison de sa position d'opérateur dominant.

Selon Le Monde, la filiale du groupe Altice (également actionnaire de BFMBusiness) se partagerait avec Orange les 2,8 millions de clients fixes et les 11,9 millions de clients mobiles de Bouygues Telecom. SFR récupérerait la clientèle entreprises de l'opérateur, mais aussi les abonnés de B&You, son offre de forfait à bas coût sans engagement.

Pour SFR, redevenu bénéficiaire l'an passé, cette acquisition aurait pour vertu de grandement doper son portefeuille de clients fixes et, surtout, mobiles. L'opérateur a perdu un million de clients dans ce dernier domaine en 2015 (surtout en offre prépayée), même si cette hémorragie a été jugulée à grand coup de promotions agressives à la fin de l'année dernière. La reprise de la clientèle des professionnels poserait toutefois problème.

Vers un duopole sur le marché des télécoms pour entreprises

En cédant l'activité entreprise de Bouygues Telecom à son concurrent direct, Orange court le risque de contribuer à la création d'un duopole sur ce marché avec SFR-Numericable. Les deux opérateurs seraient quasiment crédités de 95% du marché des télécoms pour entreprises, laissant des miettes à leurs concurrents. Il n'est pas sûr que le gendarme de la concurrence se satisfasse de cette hypothèse.

De son côté, Free a plus besoin de compléter son réseau mobile que son parc d'abonnés, sachant qu'il a déjà 17,8 millions de clients (fixes et mobiles), beaucoup plus que Bouygues Telecom (14,7 millions). Il aurait donc choisi de privilégier la reprise de fréquences mobiles pour accélérer la couverture de son réseau 3G et 4G dans l'Hexagone. Ce choix confirmerait les informations parues dans Les Echos. Selon celles-ci, Free reprendrait "moins d'actifs par rapport à ce qui avait été envisagé dans un premier temps, et en particulier, a priori, pas des clients de téléphonie mobile".

Récupérer une grande partie du réseau mobile de Bouygues lui ferait gagner du temps en vue de la fin de son contrat d'itinérance 3G avec Orange qui court jusqu'en 2018. A moins que Free ne demande la prolongation de ce contrat, le temps d'assurer la soudure avec la reprise du réseau et des antennes-relais de Bouygues Telecom, estime Le Monde.

A quand la fin de l'accord d'itinérance Free-Orange ?

Mais là encore, l'Autorité de la concurrence évoquait, dès 2013, la nécessaire programmation par Free, sous la supervision de l'Arcep, d'une extinction progressive de l'itinérance mobile nationale à la date prévue, se montrant hostile à sa prolongation.

Il restera aussi à régler la question de l'accord existant de partage géographique de réseaux mobiles entre SFR et Bouygues Telecom, conclu et mis en oeuvre depuis 2014.

En cas d'accord avec Orange, Bouygues retirerait environ 10 milliards d'euros de la cession de sa filiale télécoms, en échange d'une participation qui reste à déterminer dans l'opérateur historique. Les rétrocessions d'actifs effectuées par Orange seraient évaluées à 6 milliards d'euros.

F.Bergé