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Fin des frais de roaming en Europe: attention à ne pas vous faire piéger

Dès ce 15 juin, les Français n'ont plus à payer de surcoût pour utiliser leur téléphone mobile dans 27 pays d'Europe. Mais, attention, le diable se niche dans les détails et il existe plusieurs exceptions géographiques et tarifaires.

Avec la fin de l'itinérance mobile au sein de l'Union, ce jeudi 15 juin 2017, les Européens en voyage n'ont plus en principe à payer de frais supplémentaires pour utiliser leur smartphone une fois sortis de leur pays. Cette nouvelle tombe à pic à l'orée des vacances d'été même si certains forfaits haut de gamme d'opérateurs proposaient déjà cette possibilité. Téléphoner, envoyer un SMS ou un MMS depuis l’un des 27 États membres de l’Union européenne (UE) incluant pour l'instant la Grande-Bretagne, vous coûte le même prix que si vous êtes en France, dans les conditions de votre forfait.

Les quatre plus gros opérateurs mobiles français ont déjà devancé cette fin des frais de roaming et offrent aujourd'hui, en général, davantage que la réglementation imposée par la Commission européenne.

Mais, ce grand pas vers le marché unique du numérique en Europe réserve des surprises. Tous ceux qui pensent qu'il n'y a plus aucun frais supplémentaires lorsqu'on téléphone, expédie un SMS ou surfe sur Internet depuis un téléphone mobile sur le Vieux continent, risquent d'être déçus.

  • Il faut compter avec les exceptions géographiques propres au périmètre de l'Union européenne et ses 28 pays membres. Une grande partie de la zone des Balkans (à l'exception de la Slovénie et de la Croatie), n'est pas concernée par la fin de l'itinérance mobile. En Serbie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie et Macédoine (non-membres de l'UE), toute utilisation d'un smartphone est facturée hors-forfait. En revanche, l'Islande, la Norvège et le Liechtenstein (pays non-membres) sont déjà couverts par la fin du roaming mobile en Europe chez les quatre opérateurs français, devançant la réglementation européenne qui s'appliquera à ces trois pays d'ici quelques semaines .
  • Autre exception, pour communiquer sans surcoût depuis la Suisse et Andorre (également non-membres de l'UE) avec son forfait mobile, tout dépend du forfait de l'opérateur. Pour les forfaits illimités, chez Orange/Sosh, SFR/Red (à partir du 13 juin pour cet opérateur), les appels, SMS et MMS depuis ces deux pays (non-membres de l'Union européenne) sont inclus. Chez Bouygues Telecom (et B&You), appeler depuis l'Andorre est inclus mais appeler ou envoyer un SMS depuis la Suisse est facturé hors-forfait. Enfin, chez Free, ni la Suisse, ni l'Andorre ne sont incluses dans son forfait 19,99 euros alors qu'il comprend les États-Unis, l'Afrique du Sud, l'Australie, le Canada, Israël et la Nouvelle-Zélande.
  • En termes d'exception tarifaire, celle qui s'applique à tout le monde concerne les appels, SMS ou MMS passés depuis un mobile dans son pays de résidence vers les autres pays de l'UE. Ces communications hors roaming passées depuis la France vers le reste de l'Europe continueront de faire l'objet d'une tarification particulière, en fonction des offres de chaque opérateur. Certains forfaits incluent toutefois des appels illimités vers les lignes fixes des pays en Europe et hors d'Europe. Cette exception tarifaire génère un paradoxe: si vous appelez un hôtel en Espagne depuis la France, votre communication sera hors-forfait. Mais si vous passez ce même appel depuis l’Allemagne avec votre forfait mobile français, vous ne serez pas surfacturé.
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- © La zone des Balkans (sauf la Slovénie et la Croatie) non-membre de l'UE, n'est pas pas concernée par la fin du roaming mobile.
  • Les communications passées en mode roaming mobile depuis l'Europe vers un pays situé hors d'Europe (Afrique, Asie, Amérique) sont une autre exception. Elle restent facturées hors-forfait : tel un appel passé depuis l'Allemagne vers les États-Unis ou depuis l'Italie vers l'Algérie.
  • Si vous naviguez en Europe (sur la Mer Méditerranée ou la Baltique, par exemple) sur un bateau de croisière ou un ferry, au large et relié par voie satellitaire aux réseaux de télécoms terrestres, la réglementation européenne sur la fin du surcoût de l'itinérance mobile ne s'applique pas. Vous risquez de payer en plus pour vos communications mobiles. En revanche, tant que vous restez à portée des réseaux mobiles terrestres en navigation côtière près d'un des 28 pays de l'UE, aucun surcoût ne s'applique à vos communications. 
  • La réglementation européenne autorise les opérateurs à limiter certains forfaits à un usage national exclusivement. Les abonnés à certains petits forfaits pas chers ou limités à quelques heures par mois devront vérifier au cas par cas, s'ils bénéficieront du roaming sans surcoût en Europe.
  • Pour l'internet mobile, la situation tarifaire est très variable selon l'opérateur et le type de forfait. Free quintuple son offre qui passe de 5 Go à 25 Go/mois utilisable uniquement en 3G dans les 28 pays de l'UE. Chez Orange et son offre low cost Sosh, l'usage de l'internet mobile en Europe (Suisse et Andorre incluses) est décompté du quota de données disponible en France. Chez Red by SFR et chez Bouygues Telecom, le quota d'Internet plafonné et utilisable en Europe est différent du quota disponible en France et son volume (en Go) dépend du forfait illimité qu'on a souscrit. Mais, attention, chez tous les opérateurs, en cas de dépassement de ce quota, les tarifs hors forfait s'appliqueront, à moins que vous ayez une option de blocage. Et la facture promet d'être salée à votre retour en France.

Toutes ces exceptions sont les reliquats d'une Europe de la téléphonie mobile restée fragmentée par pays au profit des opérateurs pendant plus de 25 ans. À terme, la finalité d'un marché vraiment unique serait de permettre au client de souscrire à un forfait mobile partout et tout le temps en Europe, sans tenir compte du pays de l'opérateur. Cette réalité, sorte de "rêve ultime" pour le consommateur, reste pour l'heure un objectif de long terme...

Quand les opérateurs surveilleront les usages "abusifs" à l'étranger.

Des limites ont été fixées par la Commission européenne pour accompagner la fin du roaming mobile avec un objectif: empêcher un consommateur d'un pays d'aller prendre un forfait dans un autre pays, moins cher, et l'utiliser chez lui en permanence. Et pour cause: le prix des forfaits peuvent être multipliés par 8 d'un pays à l'autre.

Les opérateurs télécoms pourront ainsi vérifier que vous utilisez bien votre forfait davantage sur le territoire national qu'en dehors. Dans les faits, si sur une période de quatre mois, l'abonné utilise son forfait principalement à l'étranger, l'opérateur sera en droit de demander une explication et d'appliquer un tarif adapté. Au-delà des quatre mois, l'abonné devra souscrire à une offre de son réel pays de résidence ou pourrait se voir appliquer des frais supplémentaires par l'opérateur de son pays d'origine.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco