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Elliott, ce fonds activiste qui incite la high tech à quitter la bourse

La société américaine Informatica sera retirée de la bourse de New York, une fois qu'elle aura été cédé aux deux fonds, Permira et Canadian Pension Plan Investment Board.

La société américaine Informatica sera retirée de la bourse de New York, une fois qu'elle aura été cédé aux deux fonds, Permira et Canadian Pension Plan Investment Board. - AFP Jewel Samad

Elliot a incité plusieurs sociétés informatiques américaines à se vendre à des fonds. Leurs points communs: du cash, une croissance molle et une sous-valorisation avérée.

Quitter la bourse en se vendant à des fonds privés d'investissement serait-il devenu une mode outre-Atlantique parmi les sociétés d'informatique ?

Informatica est la dernière firme américaine à avoir fait ce choix. Elle vient de se vendre intégralement aux fonds Permira et Canada Pension Plan Investment Board (CPPIB) pour environ 5,3 milliards de dollars.

Contrairement à Dell, le fabricant de micro-ordinateurs, qui s'est retiré de la bourse en 2014 pour mieux se restructurer, Informatica n'était pas à la peine. Cet éditeur de logiciels spécialisés pour entreprises, avait réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 1,05 milliard de dollars, en hausse de 10,5% sur un an, et un bénéfice net de 114 millions (+32%).

Le PDG d'Informatica, Sohaib Abbasi, a assuré pour sa part que la vente était "dans le meilleur intérêt de tous les actionnaires". Un argument que n'aurait pas renié Paul Singer, le fondateur du fonds spéculatif Elliott, qui avait indiqué fin février 2015 qu'il contrôlait 9,4% du capital de cette société.

Elliott presse le management des firmes dont il est actionnaire

La marque de fabrique de ce fonds, qui est aussi très actif sur le front de la dette souveraine, est d'entrer au capital d'entreprises en ramassant des actions en bourse. Puis, il se lance dans un bras de fer pour presser leur management de quitter rapidement la cotation boursière en les incitant à vendre l'entreprise à d'autres fonds ou à lui-même.

Elliott a ainsi inscrit à son tableau de chasse plusieurs sociétés américaines d'informatique de renom. Entre 2013 et 2015, les éditeurs de logiciels BMC Software, Compuware et Riverbed, dans le capital il avait pris une participation minoritaire aux alentours de 10%, ont fini par se vendre à d'autres fonds, pour respectivement 6,9 milliards, 2,5 milliards et 3,6 milliards de dollars.

Les éditeurs de logiciel visés avaient de la trésorerie

En 2014, il a investi dans une participation de 1 milliard de dollars dans EMC, un spécialiste des équipements de stockage de données pour qu'il scinde sa filiale VMware. Si le fonds spéculatif n'est pas parvenu à ses fins, il a obtenu, en janvier 2015, une période d'observation de neuf mois. A son terme, le management d'EMC prendra une décision sur ce projet de scission.

Dans le cas d'Informatica, comme celui de ces prédécesseurs, Elliott avait jeté son dévolu sur ces sociétés qu'il considérait comme sous-évaluées.

En tant que fonds activiste, ce fonds prétend maximiser la valeur actionnariale de ces sociétés en bonne santé financière mais à la croissance "molle" en raison de leur spécialisation, comparé aux sociétés de l'internet.

Toutes ses cibles étaient également des éditeurs de logiciels, en partie à cause de leur flux de trésorerie élevé, due à la récurrence de leurs revenus, liée au modèle économique des licences logicielles.

Dans notre pays, Elliott n'est pas totalement inconnu, mais pour d'autres raisons. En mai 2014, deux de ses branches ont été lourdement condamnées par l'Autorité des marchés financiers pour délit d'initié. Leur amende cumulée avait atteint 16 millions d'euros.

Frédéric Bergé