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Dailymotion: la solution allemande que pourrait soutenir Macron   

Axel Springer s’est déjà offert Qwant, le moteur de recherche français qui se positionne comme une alternative à Google.

Axel Springer s’est déjà offert Qwant, le moteur de recherche français qui se positionne comme une alternative à Google. - Lionel Bonaventure (AFP)

Le ministre de l'Economie s'oppose à ce qu'un opérateur chinois prenne 49% du capital de Dailymotion et prône une solution européenne. Un veto qui arrange bien le géant allemand Axel Springer, ennemi juré de Google.

"Ah non, ça ne va pas recommencer!", s’est écrié Bruno Vanryb, fondateur de Croissance Plus, et Président du Collège Éditeurs du Syntec Numérique. Et pourtant, si !

Après le rejet par Arnaud Montebourg de l’offre de l’Américain Yahoo pour prendre 49% du capital de Dailymotion, son successeur au ministère de l’Économie pourrait fermer la porte au groupe PCCW du milliardaire chinois de Hong-Kong, Li Ka Shing.

Le ministre considère "qu’il ne peut y avoir de négociations exclusives." Il ajoute surtout que "l’enjeu de la souveraineté européenne" doit pris en compte avant de prendre toutes décisions.

Mais, à l’inverse d’Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron semble avoir une idée derrière la tête. En effet, plusieurs groupes européens pourraient faire des offres pour entrer dans le capital du seul concurrent de poids de YouTube.

Avec DailyMotion, Axel Springer serait mieux armé pour affronter Google

Parmi ces groupes, des Français (Vivendi et Fimalac) et des Allemands (Bertelsmann et Axel Springer). Et parmi ces deux derniers, le second apparaît comme le plus crédible, d’autant qu’il montre depuis plusieurs années un vif intérêt pour les acteurs français de la high-tech.

Depuis l’acquisition du site Seloger.com en 2011, le groupe s’est offert AuFéminin.com, Marmiton, SanteAZ et O Joyce. Il est également entré dans le capital de plusieurs plateformes de petites annonces comme Car & Boat Media, Promoneuve, Annoncesbateau.com et Caradisiac.com, sans oublier Lacentrale.

Mais surtout, en plein conflit avec Google accusé d’abuser de sa position dominante dans les requêtes sur internet, Axel Springer s’est offert 20% de Qwant, le moteur français qui se positionne justement comme une alternative à Google.

En faisant l’acquisition de Dailymotion, le groupe piloté par Mathias Döpfner pourrait devenir la première alternative européenne au groupe californien. Pour cela, l’Allemand ne se contente pas de faire des acquisitions. En Europe, c’est l’un des rares groupes de presse à avoir développé une direction R&D digne de ce nom. Axel Springer n'hésite pas non plus à envoyer les patrons de ses grands journaux s'immerger pendant plusieurs mois dans la Silicon Valley pour y puiser des pépites et des idées nouvelles.

Le soutient de la commission européenne

Évidemment, le sujet est sensible et, hormis des déclarations d’intentions, personne ne dévoile ses cartes. Toutefois, un partenariat entre Orange et Axel Springer pourrait faire sens et, surtout, s'inscrire à la perfection dans la stratégie européenne menée par Andrus Ansip, vice-président de l’Union européenne en charge du numérique et Günther Oettinger, Commissaire européen à l'Économie et à la Société numériques.

Enfin, la France et l'Allemagne affiche officiellement des ambitions communes dans un grand nombre de domaines industriels et technologiques. Ce mercredi matin, Emmanuel Macron a d'ailleurs fait partager l’une de ses ambitions à un groupe d’étudiants allemands: voir une voiture allemande rouler avec une technologie française. Ce voeu est facilement transposable dans la high tech avec le dossier Dailymotion.

Pascal Samama