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Cybersécurité : Broadcom lorgne Symantec

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Le fabricant américain de puces serait en discussion avancées pour mettre la main sur son compatriote valorisé à plus de 15 milliards de dollars. Et ainsi poursuivre sa diversification vitale dans le logiciel.

C’est un mouvement de fond qui touche les géants des semi-conducteurs, se diversifier afin de générer plus de rentabilité. L’américain Broadcom serait ainsi en discussions avancées pour s’offrir le spécialiste historique de la sécurité informatique, Symantec, selon Bloomberg.

Fondé en 1982, l’éditeur a longtemps été le leader du secteur avec son logiciel Norton avant d’être fortement concurrencé par une multitude d’acteurs. Il a réalisé un chiffre d’affaires de 3,8 milliards d’euros en 2017 et compte 18.500 salariés. Sa capitalisation boursière est de 13,6 milliards de dollars, l’opération valoriserait la cible à plus de 15 milliards.

Un porte-parole de Symantec a déclaré que le groupe ne commentait pas les rumeurs, l’entreprise a vu son titre bondir de 22% hier à Wall Street à la suite de la publication de cette information.

Pour Broadcom, il s’agirait d’une nouvelle offensive dans le logiciel un an après le rachat de CA (ex-Computer Associates), un éditeur B2B, pour 18,9 milliards de dollars.

Pour autant, il faudra surmonter un certain nombre d’écueils. D’abord, Symantec connaît des difficultés commerciales et financières récurrentes. Qui l’ont poussé à tailler dans ses effectifs en 2018 avec la suppression de 1000 postes et à céder des actifs (pour 950 millions de dollars).

Deux entreprises qui traversent des difficultés

Par ailleurs, le groupe américain, qui fait actuellement l’objet d’une enquête aux Etats-Unis pour d’éventuelles irrégularités comptables, a connu une vague de départs de dirigeants depuis la fin de l’année dernière. Son directeur général Greg Clark a ainsi brusquement démissionné en mai pour raison personnelle. Une situation qui entame la confiance des investisseurs.

L’intégration et les complémentarités posent également question. Dans un mouvement similaire, Intel avait racheté en 2011 le groupe McAfee, autre poids lourd de la cybersécurité, dont il a ensuite cédé une participation majoritaire à la société d’investissement TPG, faute d’avoir pu s’imposer dans ce secteur.

Mais ce type d’opération de croissance externe devient vitale pour les fondeurs. « Dans le secteur des semi-conducteurs, Broadcom a été précoce et a mené la vague de consolidation. Cependant, avec de nombreux actifs déjà en attente et des sociétés restantes se négociant à des valorisations élevées, les opportunités dans les semis sont beaucoup plus faibles aujourd'hui », explique Craig Hettenbach, analyste de Morgan Stanley.

Diversification vitale

De fait, le fondeur a abaissé en juin sa prévision de chiffre d'affaires annuel à 22,5 milliards de dollars en raison d'une faiblesse généralisée de la demande liée au contexte d'incertitudes géopolitiques et à l'impact des restrictions à l'export imposées au chinois Huawei, l'un de ses principaux clients.

Dans le même temps, Broadcom doit également gérer une enquête pour pratiques anticoncurrentielles ouverte fin juin par la Commission européenne.

Parmi les pratiques contestées de Broadcom figurent, selon la Commission, l'établissement d'obligations d'achat exclusif, l'octroi de rabais ou d'autres avantages subordonnés à l'exclusivité ou à des exigences minimales d'achat, l'offre groupée de produits, des pratiques abusives liées à la propriété intellectuelle, la dégradation délibérée de l'interopérabilité entre les produits de Broadcom et les autres produits.

En cas de condamnation, la firme risque une amende représentant jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires, soit la bagatelle de 2,2 milliards de dollars.

Olivier CHICHEPORTICHE