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Cette start-up parisienne a permis de déchiffrer les Panama Papers

"Derrière les révélations Panama Papers, il y a une armée de journalistes du monde entier, mais aussi Linkurious, une petite start-up de 6 personnes installée dans le 20e arrondissement de Paris qui a su mettre de la lumière sur plus de 11 millions de données."

Les révélations Panama Papers font le tour du monde. Grâce à 370 journalistes qui ont enquêté pendant des mois, mais aussi grâce à Linkurious. C’est l’entreprise qui a permis de traiter les millions de données issues du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Et cette start-up est surprenante sur plusieurs points. Car Linkurious n’est pas un grand cabinet de data scientists américains, malgré une adresse internet qui se termine en .us. En fait, c'est un clin d'oeil qui permet d'avoir une URL unique: linkurio.us.

Il s’agit d’une start-up parisienne de six personnes créée par Sébastien Heymann et Jean Villedieu il y a à peine trois ans. "Nous vendons des outils de traitement de données mais les informations, souvent sensibles, restent chez nos clients. Nous développons des logiciels, mais nous ne traitons pas les données."

La spécialité de l’entreprise est donc de mettre au point des logiciels capables de traiter des millions d’informations complexes pour des personnes qui n'ont pas de spécialité particulière dans le big data.

C’est ce que Linkurious a fait pour le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) dans le dossier Panama Papers. Sans entrer dans les détails techniques, la start-up a déployé son logiciel sur des serveurs américains auxquels ont eu accès les journalistes de l’ICIJ de 80 pays du monde.

Pas de levée de fonds en vue... pour le moment

Car en effet, le logiciel n’a réclamé aucune compétence technique pour filtrer et trier les 11,5 millions de documents composés d’e-mails, de PDF, d’images, de documents au format texte, et bien sûr de données brutes. C’est sur cette capacité à rendre compréhensibles des éléments extrêmement complexes que repose la puissance de Linkurious.

Malgré le coup de projecteur mis sur elle depuis les révélations Panama Papers, la petite équipe parisienne garde la tête froide. "Ça accélère le développement de l’entreprise", admet Sébastien Heymann. Mais pas question de brûler les étapes, même si l’entreprise fonctionne encore en autofinancement. "Nous n'envisageons pas de faire de levée dans l’immédiat. Nous sommes encore jeunes et nous restons concentrés sur nos objectifs". Car Linkurious ne cible pas seulement la presse d’investigation. Elle propose également des outils pour la gestion du réseau, la logistique, la génomique et la détection de la fraude.

L’entreprise travaille déjà pour de gros clients. En France, avec le ministère des Finances, elle travaille sur la fraude à la TVA. Mais elle est aussi en contrat avec la Nasa. Aujourd’hui, sa clientèle est répartie à égalité entre la France, l’Europe et les États-Unis. Comme elle l’explique, l’avenir de Linkurious "repose sur un nombre croissant de clients parmi les organisations mondiales les plus innovantes". Et son ambition reste de "démocratiser la visualisation de graphes". Selon les informations dévoilées par la presse ces derniers jours, l’objectif semble atteint.

Pascal Samama