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Cette start-up champenoise bouscule le modèle des coopératives agricoles

Chez les agriculteurs, les nouvelles technologies ne se limitent pas à la géolocalisation ou aux tracteurs autonomes. Ils disposent désormais d’un magasin en ligne calqué sur le modèle d’Amazon.

Chez les agriculteurs, les nouvelles technologies ne se limitent pas à la géolocalisation ou aux tracteurs autonomes. Ils disposent désormais d’un magasin en ligne calqué sur le modèle d’Amazon. - Jacques Demarthon - AFP

Installée à Coole, dans la Marne, Agriconomie est une sorte d’Amazon des produits agricoles. Cette start-up créée en 2014 bouscule déjà les coopératives traditionnelles et les oblige à repenser leur modèle.

"J'ai tapé bêtement 'engrais moins cher' sur internet, et le site Agriconomie s'est affiché. Depuis, j'ai économisé 3.000 euros par camion de solution azotée". C'est ainsi que Sylvain Le Floch, agriculteur breton, s'est converti à l'achat en gros de ses fournitures sur internet. Le site Agriconomie, lancé en juillet 2014 par trois jeunes sortis d'HEC propose semences, engrais, produits phytosanitaires et pièces détachées de matériel agricole à prix fixes, avec l'ambition de devenir l'Amazon rural.

Installée dans une ancienne usine d'Ivry-sur-Seine, la start-up Agriconomie accueille aujourd'hui 50 salariés, jeunes, fraichement diplômés et ayant souvent un lien familial plus ou moins direct avec la terre. Le principe est simple: donner une visibilité sur les prix aux agriculteurs "qui n'ont aucune transparence", explique Sylvain Seng-Bandith, 26 ans, responsable du référencement sur les moteurs de recherche.

"Nous ne promettons pas nécessairement le meilleur prix, mais nous promettons de respecter le prix affiché, c'est déjà un gros travail, car le marché est très opaque", affirme-t-il. Le PDG d'Agriconomie, Paolin Pascot, a 27 ans. Il se dit inspiré par son grand-père, un ancien ouvrier agricole du Poitou. Pour fonder l'entreprise, il s'est associé avec Clément Lefournis, dont le père est céréalier depuis cinq générations dans la Marne, et un autre ami, "génie de l'informatique" et fils de viticulteur de Champagne.

Ubériser le monde de l'agriculture?

Emblématique de l'ambiance à la fois décontractée et appliquée qui règne dans les couloirs de la start-up, son siège social est resté basé dans le bien-nommé village de Coole, dans la Marne, où se trouve aussi la ferme du père de Clément. "Au début, nous avons lancé le site dans un seul département, la Marne, avec un seul produit, une solution azotée basique à 6.000 euros le camion (entre 25 et 28 tonnes, NDR)" explique Paolin Pascot. "Le succès est venu du prix affiché, transparent, et comprenant la livraison", (...) un client a commandé pour 300.000 euros d'un coup" et "nous avons réalisé nos objectifs de l'année en trois semaines".

Le volume d'affaires de la première année, 1 million d'euros, a été multiplié par sept dès la deuxième année (7,4 millions). Pour l'exercice en cours, qui se terminera fin juin, Agriconomie prévoit d'afficher 200.000 références dans son catalogue d'ici fin juin, et de brasser 19 à 20 millions d'euros.

Face aux coopératives, Paolin Pascot ne croit pas du tout être un élément "d'uberisation de l'agriculture". "Je crois à l'humain, au bon sens paysan, un agriculteur est un entrepreneur à multi-casquettes" qui va avoir de plus en plus besoin des données pour prendre ces décisions, dit-il.

Mais les coopératives s'inquiètent de ce nouvel acteur. "Qui reprendra les produits phytos vendus par Agriconomie et non utilisés? les emballages usagés et toxiques? s'inquiète Vincent Magdelaine, directeur des métiers du grain au sein des Coopératives de France. Les coopératives le font. "Pour moi, rien ne remplacera la coopérative" répond Thierry Bertot, agriculteur dans l'Eure, qui exploite 155 hectares de culture. "Leurs techniciens viennent dans les champs toutes les trois semaines vérifier l'évolution des cultures et des maladies, ça ne peut pas être fait en ligne".

P.S. avec AFP