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Ce datacenter construit dans un ancien abri antiatomique chauffe 150 logements sociaux à Paris

Iliad a transformé un ancien abri antiatomique à 25 mètres sous les rues de Paris, en un centre de stockage de données pour entreprises.

Iliad a transformé un ancien abri antiatomique à 25 mètres sous les rues de Paris, en un centre de stockage de données pour entreprises. - Eric Piermont-AFP

Le datacenter du groupe IIliad au sud de Paris permet de chauffer 150 logements d'un immeuble du bailleur social Paris Habitat. La chaleur dégagée par les serveurs informatiques assure jusqu'à 80% des besoins en chauffage et 50 % de l’eau chaude de ces appartements.

En convertissant à 26 mètres sous terre un ancien abri atomique à Paris en un datacenter flambant neuf, Iliad (maison-mère de Free) a aussi contribué au chauffage d'une nouvelle résidence bâtie à proximité.

La récupération de la chaleur émise par ces sites informatiques avec leurs milliers de serveurs surchauffés, est devenue un enjeu énergétique en zone urbaine. Cette initiative participe d'un mouvement général consistant, sous la pression environnementale, à lutter contre les déperditions d'énergie. L'enjeu consiste à valoriser la chaleur perdue (dite "fatale") émise par certaines activités tertiaires ou industrielles pour la récupérer sur un réseau de chaleur pour le chauffage d’immeubles, de piscines ou d'hôpitaux.

Si l’utilisation de datacenters pour chauffer des bâtiments n’est pas nouvelle, l'originalité de la démarche de l'opérateur télécoms fut de nouer d'emblée un partenariat avec le bailleur social Paris Habitat.

Lors de l'opération immobilière de reconversion du site situé au sud de Paris, celui-ci en a profité pour construire un ensemble rassemblant 150 logements sociaux et une crèche, chauffés par la chaleur produite par les installations informatiques d'Iliad en sous-sol et récupérée à l'aide d'une pompe à chaleur.

Le groupe télécoms a signé un contrat de fourniture de chaleur sur dix ans, alimentant le réseau de chauffage et la fourniture de l'eau chaude sanitaire. Cette récupération d'énergie assure aujourd'hui 80% des besoins en chauffage et 50% de la production d'eau chaude sanitaire pour cette résidence. En appoint, la fourniture des fluides chauds (chauffage et eau chaude) est assurée par une chaufferie au gaz. Selon les calculs de Paris Habitat, les occupants bénéficient d'une économie annuelle sur leurs charges de chauffage et d'eau chaude, de 500 euros par an par appartement.

La chaleur du métro parisien chauffe en partie 20 logements

Pour Paris, cette récupération de chaleur perdue par les activités tertiaires ou industrielles de la capitale a eu un précédent avec l'accord signé avec la RATP. La valorisation de la chaleur du tunnel de la ligne 11 du métro a été testée en 2018 au bénéfice d'un immeuble géré par Paris Habitat (4e arrondissement). La chaleur du métro est acheminée vers une pompe à chaleur qui se trouve dans ce bâtiment pour y chauffer les 20 logements. Les résultats ont montré que le dispositif permettait de couvrir en moyenne 35 % des besoins en chauffage de l'immeuble, selon Paris Habitat.

Des infrastructures collectives peuvent aussi être chauffées en récupérant la chaleur "perdue", générée par des activités. L'eau de piscine de la Butte aux Cailles (13e arrondissement) est en partie (à hauteur d'environ 20%) chauffée par les serveurs de la start-up grenobloise Stimergy, installés dans le sous-sol du bâtiment. Dans un local technique abritant jadis la chaufferie à charbon, des serveurs baignent dans une huile minérale par laquelle la chaleur qu'ils dégagent est échangée pour chauffer l'eau des bassins.

Frédéric Bergé