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Carl Pei, cofondateur de OnePlus: “les sceptiques avaient tort”

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- - Carl Pei, cofondateur de OnePlus

A quelques jours de la sortie du nouveau smartphone OnePlus, son cofondateur répond aux questions de BFM Tech.

Le 16 mai prochain à 18 heures, le fabricant chinois OnePlus présentera depuis Londres son nouveau smartphone, baptisé OnePlus 6. Un appareil attendu par les amateurs de la marque, qui marquera une nouvelle étape dans l’histoire de la très jeune entreprise. Comme à son habitude, elle devrait proposer un mobile digne des modèles les plus haut de gamme, à un tarif largement inférieur. Carl Pei, cofondateur de OnePlus, répond à BFM Tech sur les enjeux, les contraintes et les ambitions de sa firme. Il n’exclut pas une arrivée prochaine chez les opérateurs français.

BFM Tech: Comment devient-on fabricant de smartphones en partant de zéro?

Carl Pei: Quand nous nous sommes lancés en 2013, les choses étaient plus simples qu’aujourd’hui. Le marché était coupé en deux. Les smartphones Android ne paraissaient pas très qualitatifs et misaient sur des fonctions trop accessoires pour le grand public.

Le OnePlus One, sorti en 2014
Le OnePlus One, sorti en 2014 © OnePlus

C’est de là qu’est née l’idée de OnePlus. Un smartphone Android que nous voudrions vraiment utiliser. Un appareil centré sur l’expérience utilisateur, du point de vue matériel comme logiciel. A l’époque, personne ne s’attendait à notre succès. En mettant tous les moyens nécessaires pour concevoir le meilleur produit possible, nous avons montré que les sceptiques avaient tort.

Tous les fondateurs de l’entreprise avaient une expérience dans l’électronique, et donc une expertise sur ce secteur. Surtout, chacun avait un réseau suffisamment solide pour nous permettre de concevoir des produits électroniques.

“Beaucoup d’acteurs se battent pour obtenir les composants”

Le fait d’être basé à Shenzhen, considérée comme “la Silicon Valley du hardware”, était aussi très important. Nous avions accès à tout: les talents, l’innovation et les meilleurs fournisseurs. Avoir Pete [Lau, ndlr] comme fondateur et PDG, qui a une expérience d’ingénieur produit, a facilité les choses. Je dirais que c’était, et que c’est toujours, notre meilleur atout. Il fait de OnePlus une entreprise qui mise tout sur le produit.

BFM Tech: OnePlus fait partie d’un immense groupe chinois. La marque est-elle totalement autonome dans la conception de ses produits?

Carl Pei: OnePlus est autonome, qu’il s’agisse de fabriquer des produits ou de respecter une philosophie. Nous avons les mêmes actionnaires qu’Oppo, ce qui nous permet d’accéder aux meilleurs composants de l’industrie. Dans un secteur aussi compétitif, beaucoup d’acteurs se battent pour obtenir des composants toujours plus rares. Il est par exemple très difficile de se procurer des écrans.

Grâce à notre position, nous sécurisons l’approvisionnement de certaines des meilleures dalles du marché. Cette stratégie permet bien sûr de bénéficier d’économies d’échelles, grâce auxquelles nos clients profitent de tarifs attractifs.

BFM Tech: Les écrans bord à bord sont arrivés en 2017. Pourquoi le design des smartphones a mis dix ans à évoluer?

Carl Pei: Cela fait plusieurs années que les écrans s’agrandissent, et cela va continuer. C’est directement lié aux usages de nos smartphones, qui n’ont plus grand chose à voir avec les appareils sur lesquels ont se contentait de passer des appels et d’envoyer des SMS. Ils nous permettent aujourd’hui de tout faire.

“Nous passons beaucoup de temps à rendre nos appareils durables”

Depuis deux ans, nous sommes arrivés à une situation dans laquelle les smartphones ne peuvent plus grandir sans nuire à la prise en main. Les fabricants se sont donc appliqués à optimiser le ratio d’affichage. Mécaniquement, cela a mené à des appareils aux bords toujours plus fins. De cet effort d’optimisation naîtront beaucoup d’innovations dans les prochaines années.

BFM Tech: Les smartphones se perfectionnent, mais ils ne sont ni plus solides, ni plus endurants: pourquoi les fabricants bloquent sur ces deux éléments?

Carl Pei: L’un des principaux points de frustration que nous avons identifiés auprès des utilisateurs de smartphones est la chute des performances avec le temps. Chez OnePlus, nous pensons qu’un smartphone devrait être aussi rapide au centième jour qu’au premier. Pour y parvenir, nous concentrons nos efforts sur le choix des composants, autant que sur l’optimisation logicielle.

Nous passons beaucoup de temps à rendre nos appareils durables. Encore aujourd’hui, vous voyez beaucoup d’utilisateurs de OnePlus One [premier mobile de la marque, sorti en 2014, ndlr] qui sont ravis de leur smartphone. Le bouche à oreille a été l’une des clés de notre succès et nous devons faire en sorte que cela continue.

BFM Tech: Apple propose deux appareils photo, Huawei en propose trois. Jusqu’à combien cela pourrait-il monter?

Carl Pei: Pour nous, tout dépend de l’expérience utilisateur. Si cela ajoute de la valeur au produit, nous serons partants. S’il s’agit d’entrer dans une course à l’innovation dont le but est uniquement de se différencier, nous ne suivrons pas. En plus d’être inefficace, cette stratégie finirait par aboutir à des prix plus élevés.

Le OnePlus 5T
Le OnePlus 5T © OnePlus

BFM Tech: Vous ne vendez qu’un modèle à la fois, allez-vous continuer comme cela?

Carl Pei: Imaginez une entreprise dont chaque employé se concentre sur un seul produit à la fois, des ingénieurs au PDG, en passant par les équipes créatives et marketing. Dans ces conditions, les chances de concevoir un smartphone de très haute qualité sont bien supérieures.

BFM Tech: Vous vendez vos produits deux fois moins cher que les concurrents. Comment gagnez-vous de l’argent et comment expliquez-vous l’envolée des prix des smartphones - y compris les vôtres - depuis deux ans?

Carl Pei: La rareté des composants et les avancées technologiques ont fait grimper les prix des smartphones. Mais cette hausse de prix vient aussi du fait que les gens attendent toujours plus de leur smartphone. Nous sommes capables d’offrir un prix juste à nos utilisateurs grâce à un modèle économique très efficient. OnePlus est une entreprise guidée par sa communauté. Nous ne faisons pas de sacrifice pour faire baisser la facture. En revanche, nous nous efforçons de rendre nos produits plus abordables. Cela nous impose d’être plus intelligents et d’avoir peu d’intermédiaires.

"Nous devrions arriver chez un opérateur français en 2018”

BFM Tech: Pensez-vous un jour devenir un fabricant “normal”, que l’on trouvera chez son opérateur?

Carl Pei: Nous n’écartons aucune piste pour rendre nos produits plus accessibles. L’an dernier, nous avons noué des partenariats avec des opérateurs britannique et finlandais. Cette année, nous avons signé avec Telia en Suède. En Finlande, OnePlus est désormais leader. Nous sommes donc ouverts pour nouer de tels partenariats ailleurs, surtout en France, pays européen où notre progression a été la plus forte l’an dernier. Nous venons d'ouvrir des bureaux à Paris et nous devrions arriver chez un opérateur français en 2018. Mais avant cela, nous devrons nous assurer qu'un éventuel partenariat apporte une réelle valeur ajoutée à nos clients.

BFM Tech: Faute de révolution, les smartphones sont-ils condamnés à progresser par petite touche?

Carl Pei: Certaines choses évolueront par petite touche, comme l’optimisation de l’espace autour de l’écran. Pour des innovations plus marquantes, il faudra étudier la question. Nous ne travaillerons dessus que si elles apportent quelque chose à l’utilisateur.

BFM Tech: Quelle est la plus grosse marge de progression pour les fabricants de smartphones?

Carl Pei: Il y a beaucoup d’innovations incroyables sur le marché du smartphone, comme la réalité augmentée ou le paiement. Je pense qu’il y aura aussi des progrès concernant le temps que nous passons sur nos smartphones. Nous avons toujours destiné nos produits à accompagner notre quotidien, non pas à accaparer notre attention.

“Nous pouvons aujourd’hui rivaliser avec les meilleurs”

BFM Tech: Comment voyez-vous OnePlus dans cinq ans?

Carl Pei: Il y a cinq ans, OnePlus n’existait même pas. En cinq ans, nos connaissances, nos compétences et notre expertise ont considérablement progressé. Nous sommes partis d’une petite équipe, nous pouvons aujourd’hui rivaliser avec les meilleurs. L’année 2017 a été la meilleure de notre histoire, avec 1,4 milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel. Durant les cinq prochaines années, nous devrons faire grossir notre structure tout en restant concentrés sur nos utilisateurs, et sur nos produits.

Le OnePlus 5T Lava Red Special Edition
Le OnePlus 5T Lava Red Special Edition © OnePlus

BFM Tech: Tony Fadell a récemment alerté sur l’addiction aux smartphones. En tant que fabricant, avez-vous un rôle à jouer pour prévenir cette tendance?

Carl Pei: Les smartphones ont été conçus pour rendre les gens plus intelligents, mais nous avons échoué sur certains points. C’est en partie dû aux réseaux sociaux, qui sont faits pour retenir notre attention le plus longtemps possible, en nous envoyant des notifications ou en nous abreuvant de nouveaux contenus. En tant que fabricant de smartphones, nous avons un rôle important à jouer dans la société. Il ne faut pas le nier.

Depuis nos débuts, nous sommes convaincus qu’un smartphone doit faire partie de notre vie, mais ne doit pas en être l’épicentre. Notre bouton “Alert Slider” [qui permet de désactiver les notifications, ndlr] est un bon exemple. Il s’agit d’une petite fonction, qui peut avoir un impact important sur notre quotidien. Elle permet de ne plus être dérangé, sans avoir à allumer son écran et être potentiellement exposé à de nouvelles sources de distraction.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech