BFM Business

Avec ses cartes désormais gratuites, l'IGN veut "rester dans la course" face à Google Maps

Sur BFM Business, le nouveau directeur général de l'Institut national de l'information géographique et forestière explique les raisons du changement de modèle économique de l'institution.

C'est une révolution culturelle qu'opère l'IGN. Bien connu des randonneurs, l'Institut national de l'information géographique et forestière propose depuis 1940 des cartes géographiques sur papier très précise et un service de cartes en ligne avec Geoportail.

Jusqu'à présent, l'institution vendait ses précieuses données à des clients professionnels ou particuliers. Mais depuis le début de l'année, les datas de l'IGN sont ouvertes et gratuites. Un changement radical qu'explique son nouveau directeur général, Sébastien Soriano, sur le plateau de Good Morning Business ce lundi.

"L'IGN est un institut public, il y a de profonds changements dans notre société et donc la manière de décrire le territoire ne doit plus seulement être d'apporter une carte mais pour aider la société à résoudre ses problèmes", explique-t-il. "Dans ce cadre là, quelle meilleure manière que de mettre toutes nos infomations publiques. Nous changons notre modèle économique".

Partenariats avec des acteurs publics

Pour autant, comment compenser les importants revenus commerciaux générés jusqu'à présent? "Désormais nous aurons des partenariats avec de grands acteurs publics qui ont des besoins de connaissance du territoire et qui vont par des programmes co-financer l'IGN et ses programmes de captures d'information", explique le responsable.

Et de donner l'exemple du ministère de la Transition écologique qui "souhaite mettre en place un suivi de l'artificialisation des sols pour cantoner l'étalement urbain. Nous mettons en place des intelligences artificielles qui vont à partir des vues aériennes voir ce qui se passe dans les territoires".

Forte de ces très volumineuses et précises données, l'IGN ne pourrait-il pas s'imposer dans le marché de la géolocaliation où dominent les firmes américaines comme Google avec son service Google Maps? Pourquoi ne pas retrouver les données de l'IGN dans les milliers de sites et applications qui utilisent des cartes?

"Il faut aller vers des batailles gagnables"

"L'enjeu c'est d'éviter que quelques grandes multinationales s'accaparent cet espace et façonnent notre représentation du territoire. Face à ces grands acteurs qui ont des modèles fermés, nous devons construire du commun, il faut produire ensemble de la donnée, partager de l'information. C'est grâce à ces alliances qu'on pourra rester dans la course et apporter une alternative qui soit souveraine", poursuit Sébastien Soriano.

Une alternative avec une autre proposition de services. Mais l'IGN a-t-il l'ambition de concurrencer frontalement Google Maps qui fournit des données moins précises que l'IGN? "On doit travailler avec toutes les applications qui utilisent de la géolocalisation et qu'on puisse les convaincre qu'on a un bon produit".

Sébastien Soriano est néanmoins lucide: "il faut aller vers des batailles gagnables, on ne va pas du jour au lendemain remplacer Google Maps mais on peut sans doute progresser sur quelques aspects et agir sur des terrains un peu différents", souligne le directeur général qui évoque de prochains projets comme la modélisation en 3D de territoires grâce à l'utilisation d'avions équipés de laser permettant de générer 10 points par mètre carré "pour une déscription du territoire enrichi".
Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business