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Après de nouvelles sanctions américaines, Huawei se met en mode "survie"

Washington interdit désormais au géant chinois de se fournir en composants américains pour ses puces. L'impact pour son activité pourrait être majeur.

L'épidémie de coronavirus et la crise économique n'empêchent pas les Etats-Unis de poursuivre leur bras de fer contre Huawei. Après les accusations d'espionnage au profit de Pékin (sans apporter de preuves) débouchant sur un appel au boycott pour ses activités 5G, après que Google ait décidé de le priver de ses services pour ses smartphones, Washington entend aujourd'hui assécher ses capacités d'achat de composants auprès de l'industrie américaine.

Il s'agit d'empêcher Huawei de mettre au point des semi-conducteurs à l'étranger grâce à de la technologie américaine. Le groupe chinois a alors dénoncé lundi une décision "arbitraire" et "pernicieuse". Reste que cette nouvelle salve de sanctions risque d'avoir un impact majeur sur l'activité du géant qui concède être désormais en mode "survie", selon Ryan Liu, directeur adjoint de "l'Université Huawei", où sont formés les employés du groupe.

La pression américaine "suscite naturellement des inquiétudes", reconnaît-il. "Mais je travaille pour Huawei depuis de nombreuses années et je suis sûr que l'entreprise nous guidera sur la bonne voie", affirme-t-il à l'AFP.

Atmosphère de crise

Et de poursuivre: "ce défi (des Etats-Unis) va nous plonger dans une atmosphère de crise mais notre réponse est de bien faire notre travail, en sachant qu'il finira par payer".

Néanmoins, pour Kelsey Broderick, analyste du cabinet de consultants Eurasia Group, ces nouvelles sanctions "auront un impact majeur sur Huawei" si elle sont effectivement appliquées.

Car si Huawei a réussi à contourner le boycott de Google en développant son propre système (HarmonyOS) pour ses smartphones et si les appels à ne pas se fournir chez lui pour la 5G ont finalement trouvé peu d'écho dans le monde, l'interdiction de se fournir en technologies américaines pour ses smartphones risque d'être plus compliqué à gérer.

Mise en oeuvre stricte ou pas?

On trouve en effet de nombreux composants américains dans les terminaux de Huawei, notamment les puces réseaux 4G/5G fabriquées notamment par Qualcomm et Intel qui permettent aux smartphones de se connecter aux réseaux mobiles. 

Et si cela fait déjà longtemps que Huawei utilise ses propres processeurs pour ses smartphones à travers sa filiale HiSilicon, ces puces sont basées sur une architecture vendue sous licence par ARM, une firme britannique qui utilise elle-même des technologies américaines.

Le groupe va en donc peiner à trouver des matériaux de remplacement en Chine, selon les observateurs.

Par ailleurs, Washington a, à plusieurs reprises, accordé des délais dans l'application de ses sanctions afin de ne pas pénaliser les fournisseurs américains de Huawei.

Dans ce contexte, "la question est de savoir si la mise en œuvre des sanctions sera vraiment stricte", observe Mme Broderick.

Olivier Chicheportiche avec AFP