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Amazon va-t-il vraiment équiper ses salariés d'un bracelet électronique?

Un bracelet électronique pour suivre l'activité des salariés à chaque seconde. Pour Amazon, il s'agit d'améliorer la préparation des commandes.

Un bracelet électronique pour suivre l'activité des salariés à chaque seconde. Pour Amazon, il s'agit d'améliorer la préparation des commandes. - Eric Piermont - AFP

Amazon a déposé un brevet pour un bracelet électronique permettant de suivre les mouvements des employés des entrepôts en émettant des vibrations, une idée qui soulève de vives réactions. La société rétorque que ce projet vise d’abord à améliorer la préparation des commandes.

Amazon champion de l’innovation? Pour ses clients, sans nul doute, mais pour les salariés des entrepôts, pas sûr. Depuis quelques jours, le dépôt d'un brevet pour un bracelet électronique capable de détecter les mouvements des mains des manutentionnaires suscite la polémique.

Ce système de traçage, qui a été repéré par le site GeekWire, est capable de suivre les "mouvements des mains d'un employé", expliquent les documents officiels relatifs à ce brevet en précisant qu'il pourrait être utilisé pour surveiller la réalisation de tâches comme les inventaires ou la préparation des commandes. L'appareil pourrait aussi "émettre des vibrations" pour guider le salarié dans ses missions. En revanche, il sera désactivé lors des pauses des salariés.

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Comme on pouvait s'y attendre, cette innovation a provoqué un tollé notamment en Italie où elle a été attaquée par le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, qui estime que "le défi, c'est un travail de qualité et non pas le travail avec un bracelet". Comme le note l'AFP, il a été suivi par Matteo Salvini, leader de la Ligue du Nord. "Homme ou esclave? Je veux restituer la dignité du travail, certaines multinationales exploitent, pressent et ensuite mettent au rebut. Ça suffit!".

En France, les réactions ont également été vives. Sur Twitter, Pascal Pavageau, secrétaire confédéral de Force Ouvrière lance "à quand les chaînes aux pieds?". La France insoumise a aussi réagi. "On connaissait déjà les pratiques RH détestables et les conditions de travail désastreuses de la multinationale. Amazon va aujourd'hui encore plus loin en réfléchissant à des bracelets électroniques pour contrôler ses salariés!", a tweeté le parti de Jean-Luc Mélenchon. Des anonymes ont lancé des appels au boycott du site de ecommerce.

Face à ces réactions, Amazon a rapidement réagi pour apporter des précisions. Le groupe a déclaré à l’AFP que "la spéculation à propos de ce brevet [était] erronée" et rappelle que "chaque jour, dans n'importe quelle entreprise dans le monde, les employés se servent de scanners à main pour faire l'inventaire et préparer les commandes". Selon le géant du ecommerce, avec ce système, les employés n’auraient pas besoin d’avoir "les yeux rivés sur des écrans". Enfin, Amazon précise que le déploiement de l'appareil n'est pas à l'ordre du jour et que "si l'idée devait être un jour mise en œuvre, elle améliorerait l'organisation pour les employés travaillant dans la préparation des commandes".

Un management souvent pointé du doigt

Ce n’est pas la première fois que le groupe de Jeff Bezos se fait épingler sur ses méthodes de management. En novembre dernier, la direction de l’entrepôt de Lauwin-Planque a été vivement critiquée pour un jeu qui incitait les salariés à dénoncer les manquements aux règles de sécurité de leurs responsables. Chaque déclaration permettait d’obtenir des points pour gagner des cadeaux. Pour la direction, il s’agissait d’abord d’améliorer la sécurité des équipes, mais pour les représentants des salariés, ce n'était qu'une "incitation à la délation".

En décembre 2016, le journal britannique The Courier révélait les conditions de travail des employés de l’entrepôt écossais de Dunfermline qui "campaient dans les bois" autour de l’usine car leurs revenus ne leur permettaient pas de payer le bus mis à leur disposition par Amazon. Le site s’est installé à 16 kilomètres de la ville, distance que d’autres salariés devaient effectuer à pied.

En 2015, c’est le New York Times qui décrivait une culture d'entreprise "néfaste" destinée à augmenter la productivité des employés. Le quotidien révélait des dérapages qui ont eu de lourdes conséquences sur la santé des employés. Cette description a amené Jeff Bezos à réagir publiquement pour rejeter ces accusations en déclarant qu'il ne "[reconnaissait] pas cet Amazon".

Amazon a publié jeudi des résultats trimestriels en forte hausse avec un bénéfice net de 1,856 milliard de dollars et un chiffre d'affaires de 60,45 milliards. Le groupe américain emploie 542.000 salariés dans le monde et a annoncé le recrutement en 2018 de plusieurs milliers de personnes, dont un millier en France.

Pascal Samama