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Pour leurs achats, les entreprises  misent davantage sur le "made in France"

Le nombre de défaillances d'entreprises notées par S&P en hausse

Le nombre de défaillances d'entreprises notées par S&P en hausse - PixaBay

Selon la dernière étude AgileBuyer-CNA sur les tendances des départements achats en entreprise, les relations clients-fournisseurs sont en pleine mutation.

Dans les directions achats des entreprises, les priorités changent. C'est la conclusion de la dernière étude d'AgileBuyer et du CNA (Conseil national des achats), publié ce mardi, sur la question dans laquelle 682 professionnels (acheteurs, responsables achats, directeurs achats) d'entreprises de moins de 10 salariés à plus de 5.000 salariés ont été interrogés*.

Premier enseignement: la recherche absolue de réduction des coûts dans les achats est moins une priorité. Si 68% des directions achats admettent que la réduction des coûts est un objectif prioritaire, c’est 7 points de moins qu'en 2019. Il s'agit d'ailleurs du résultat le plus bas observé depuis 2011 (date de la première édition de l'étude). Le dernier plus haut avait été atteint en 2017 avec un taux de 82%.

On observe néanmoins des disparités en fonction du secteur d'activité. Ainsi, la réduction des coûts reste une priorité pour le secteur automobile (87%) ou encore l'industrie lourde (81%) mais seulement pas pour les directions achat dans la mode et le luxe (35%) ni pour celles dans la communication et les médias (20%).

"Cette tendance est appuyée par le fait que les bonus des directions achats dépendent de moins en moins des économies réalisées, au profit d’autres critères. La fonction achats prend une place de plus en plus stratégique au sein des entreprises. Une image de cost killer qui s’efface progressivement au profit de celle d’un créateur de valeur", commente Olivier Wajnsztok, directeur associé d'Agile Buyer.

Acheter en France est parfois compliqué

En effet, relève l'étude, dans l’évaluation de la performance achats par l’entreprise à travers les bonus dont bénéficient les directions achats, "on peut noter un changement important par rapport à 2019. Ainsi, en 2020, 18% des directions achats perçoivent des bonus sur des critères qui n’incluent pas les gains achats (contre 15% en 2019 soit une hausse de 3 points)", peut-on lire.

Paradoxalement, la volonté des directions achats de passer commande auprès de pays à bas coûts reste forte: 21% d'entre-elles admettent vouloir augmenter la part des achats dans ces pays mais cette part est en retrait de 2 points sur un an. Mais celles qui souhaitent la diminuer progresse (+3 points pour atteindre seulement 5%).

"Acheter dans les pays à bas coût peut nuire à l’image de l’entreprise (si cela est mal géré), sans parler des difficultés de traçabilité que cela peut engendrer. Ainsi, nous observons que 16% des directions achats du secteur des services – conseil – formation et 13% de l’agroalimentaire veulent diminuer leurs achats dans les pays à bas coût. Le secteur de la mode et du luxe arrive en 3e position avec 12% des réponses", peut-on lire.

D'ailleurs, l'étude souligne la progression constante des achats Made In France. En 2020, pour 54% des directions achats, le Made In France (ou les achats locaux) est un critère d’attribution du business. Un résultat qui est en constante évolution depuis 2017 (où ce taux n'était que de 31%). Cependant, il devient plus difficile d’acheter français selon l’enquête notamment à cause de l'absence de certains produits sur le territoire (21% des répondants, +6 points) ou des prix jugés trop élevés (13%, +3 points).

La plaie des faux fournisseurs

Les secteurs les plus concernés par le Made In France sont l’aéronautique et la défense (71%), la mode et le luxe (71%), le tourisme et le transport (68%), l’agro-alimentaire (67%) et les services (66%).

"Si l’aéronautique bénéficie de l’existence de clusters compétitifs et de groupements de PME françaises innovantes dans son secteur, le secteur du luxe investit le Made In France davantage dans un souci d’image. C’est d’une façon logique que l’agro-alimentaire, avec une problématique de la traçabilité des produits, les scandales alimentaires et les nouveaux modes de consommation mise sur les achats locaux et/ou le circuit court", commentent les auteurs.

A l'inverse, les secteurs qui considèrent le moins le Made In France comme un critère d'attribution sont l'industrie lourde (41%), la communication et les médias (40%), l'informatique et les télécoms (35%) ainsi que l'automobile (24%). 

Enfin, dernière tendance forte des directions achats, la lutte contre la fraude et les faux fournisseurs. "C’est une nouveauté de l’enquête: sur les 12 derniers mois, 59% des directions achats ont mis en place des procédures de faux fournisseurs. On appelle faux fournisseur un individu se faisant passer pour un fournisseur de l’entreprise afin d’obtenir le paiement de factures émises par le véritable fournisseur. Si l’arnaque au président ou l'escroquerie aux Faux Ordres de Virements (FOVI) reste la plus connue et la plus célèbre, d’autres ciblent l’organisation achats et la comptabilité fournisseurs. Ainsi, la fraude au faux fournisseur est la plus répandue puisqu’elle représente plus de 54% des tentatives de fraude", explique l'étude.

*: L’étude AgileBuyer - Conseil National des Achats (CNA), "Les priorités des Départements Achats en 2020", a été réalisée entre le 19 novembre et le 29 novembre 2019 via un questionnaire en ligne adressé à un panel ciblé de personnes exerçant dans les Achats, tous secteurs confondus. 682 professionnels ont répondu à cette étude intégralement (la majorité des réponses partielles n’ont pas été prises en compte).

Olivier Chicheportiche