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Opérateurs télécoms : un retour à 3 en 2019 ?

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Orange considère qu’une consolidation, « inévitable », est envisageable au premier semestre mais qu'il ne pourra jouer qu’un rôle de facilitateur. La question est de savoir qui sera avalé car les faiblesses changent régulièrement de camp.

C’est un peu l’Arlésienne du secteur des télécoms : un passage de quatre à trois acteurs. C’est l’obsession de Stéphane Richard, le p-dg d’Orange depuis des mois : « Je reste convaincu que la taille du marché français et l’importance des investissements à réaliser dans les années qui viennent, pour terminer le déploiement de la fibre optique et préparer la 5G, rendent difficile la viabilité de quatre opérateurs ».

Une position réaffirmée par Ramon Fernandez, directeur financier, lors d’une récente conférence organisée par Morgan Stanley à Barcelone. Il estime qu’il y « au(rait) une fenêtre de tir au premier semestre 2019 ».

Pour autant, compte tenu de son poids sur le marché, impossible pour l’opérateur historique de mener un rachat. « Nous n’allons pas prendre la tête d’une initiative car nous sommes trop forts pour le faire. Mais nous pouvons être un facilitateur car nous pensons que cela serait bon pour nous », ajoute-t-il. 

« Si cette question de la consolidation se pose aujourd’hui, c’est surtout en raison des ravages causés, particulièrement en 2018, par la guerre des prix dans les télécoms », répète-t-il aujourd'hui dans les Echos.

Sur l’équation impossible ‘prix bas + investissements colossaux à mener’, tout le monde semble d’accord. Mais personne ne veut être mangé par l’autre.

« Il n’existe pas de schéma établi ni de négociations engagées à ce stade », souligne d'ailleurs le patron de l'agrume.

Il faut dire que les faiblesses n’ont pas arrêté de changer de camp au gré de la publication des trimestriels de chaque opérateur et de leur politique commerciale. Après le lancement de Free Mobile en 2012, c’est Bouygues Telecom qui était le plus fragilisé et des rumeurs de rachat par SFR ont fuité.

Yalta des mobiles

Mais le groupe de Martin Bouygues s’est redressé grâce à une politique commerciale agressive. Ce fut ensuite SFR qui s’est retrouvé dans le collimateur suite à des fuites massives de clients avec un Bouygues aux aguets. Mais sans résultats.

Aujourd’hui, SFR a redressé la barre (en recrutements) et c’est Free qui perd des plumes dans le fixe et le mobile. Le groupe de Xavier Niel a souvent été perçu comme passage obligé d’une éventuelle concentration (en reprenant des actifs d’un opérateur cédé afin de respecter les règles de la concurrence) mais certains en font désormais une cible si Xavier Niel avait l’idée (que certains lui prêtent) de se désengager du capital. Il en détient la majorité.

La situation apparaît d’autant plus bloquée que l’Arcep, le régulateur des télécoms, n’est pas franchement pour un retour à trois.

Dans un entretien en septembre dernier à la Tribune, il dit : « le PDG d’Orange a récemment jugé « inévitable », une consolidation sur le marché français. Je ne suis pas d’accord avec lui. Structurellement, le secteur peut fonctionner à quatre. Il n’y a aucune impossibilité. Ce qui tend le marché aujourd’hui, c’est une guerre des prix. Mais cette bataille, c’est bien les opérateurs qui l’ont choisie... C’est leur décision. On peut, en outre, s’interroger : est-ce que cette guerre des prix ne vise pas à faire trébucher un maillon faible pour pousser à une consolidation ».

Et de poursuivre : « Aujourd’hui, certains n’ont d’yeux que pour la consolidation… Or le bon chiffre dont il faut discuter, ce n’est pas trois ou quatre, mais cinq, comme 5G ! »

Pour un expert du secteur, la concentration dans le secteur relève pourtant de la logique. « on ne compte plus qu'une dizaine d'opérateurs aux Etats-Unis, contre 159 en Europe. En France, on empêche toute concurrence normale en imposant des lois administratives de dissymétrie du secteur ».

Au-delà de la question d'un retour éventuel à 3 acteurs, le consolidation fait-elle peser un risque sur la concurrence ? Moins d'acteurs signifie-t-il des prix repartant à la hausse ?

Finalement, la concurrence n'est pas due au nombre d'acteurs mais à la dynamique en place. Par exemple, il n'y a que deux gros avionneurs mondiaux et la concurrence est rude. Quand un secteur est composé de nombreux acteurs, les risques d'entente existent. Comme les opérateurs mobiles d’ailleurs, condamnés en 2005 à une amende record de 534 millions d’euros (le fameux Yalta des mobiles) par l'Autorité de la concurrence.

Quant aux effets sur les prix, pour l’expert, concentration ne rime pas forcément avec remontée. Au contraire, ils pourraient rester bas même en cas de fusion entre deux acteurs. « Les prix peuvent baisser grâce au levier des économies d'échelle. Donc les fusions ont pour avantage de baisser les coûts et la concurrence maintient la compétition sur les prix. Et l'autorité de la concurrence est là pour veiller à une saine concurrence, à la transparence des prix ».

Si la hausse des prix ne passe pas par la consolidation, comment rompre la spirale baissière ? Avec l'arrivée de la 5G ? « Il faudra évidemment monétiser autre chose que la hausse des débits. On peut imaginer la mise en place de forfaits qui jouent avec le curseur de la latence, de la qualité de service afin de dégager de nouvelles cibles prêtes à lâcher quelques euros supplémentaires. Mais si le prix des licences atteint le même sommet qu’en Italie, l’équation restera compliquée pour les opérateurs », commente Carole Manero, directrice d'études pour l’Idate.

Olivier CHICHEPORTICHE