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La SNCF coûte 215 euros à chaque Français (même à ceux qui ne prennent jamais le train)

La SNCF coûte 215 euros à chaque Français

La SNCF coûte 215 euros à chaque Français - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Selon l'ancien magistrat de la Cour des comptes François Ecalle, la SNCF a représenté une charge annuelle de 14,4 milliards d'euros pour l'État et les régions, et donc pour les contribuables, en 2018. Soit 379 euros par foyer fiscal, ou encore 215 euros par Français.

Sans vraiment s’en apercevoir, chaque Français a contribué à hauteur de 215 euros au financement de la SNCF en 2018. Soit 379 euros pour chacun des 38 millions de foyers fiscaux. Le tout avant même de dépenser le moindre euro pour un billet de train. C’est en tout cas le constat établi par une étude de l’ancien magistrat de la Cour des comptes François Ecalle repérée par L’Opinion.

Selon lui, le coût total de la SNCF pour l’État et les régions (Ile-de-France Mobilités en Ile-de-France), et donc pour les contribuables, s’est établi à 14,4 milliards d’euros en 2018. Sur cette somme, 8,2 milliards d’euros représentent 35% des coûts de fonctionnement de l’entreprise ferroviaire. 3,4 milliards ont également été accordés par l’État et les autorités régionales au titres des subventions d’investissements, soit 42% de l’ensemble des subventions octroyées à la SNCF.

Ainsi, 11,6 milliards d’euros ont été indirectement payés par les contribuables pour assurer le fonctionnement de la SNCF. Un coût auquel il faut déduire les taxes spécifiques payées par l’entreprise (500 millions d’euros), soit une contribution nette de 11,1 milliards d’euros. Ajouté à cela le versement par l’État d’une subvention d’équilibre de 3,3 milliards d’euros au régime spécial de retraite des cheminots, ce qui correspond à 62% des pensions versées en 2018. Au final, lorsqu'il achète un billet, le voyageur ne paie que 20% du coût réel de ce dernier. Le reste est payé par l'impôt. 

Mise en concurrence en 2020

Mais la facture pourrait évoluer dans les prochaines années. D’abord, la reprise de la dette de SNCF Réseau par l’État à hauteur de 25 milliards d’euros l’an prochain entraînera une hausse de la charge d’intérêt, et donc du coût pour les contribuables, d’environ 500 millions d’euros par an.

Parallèlement, la réforme engagée en 2018 devrait se traduire par une réduction des coûts pour les contribuables. En effet, la fin du monopole de la SNCF va la mettre en concurrence avec d’autres opérateurs sur les appels d’offres des régions.

"Cette mise en concurrence devrait inciter SNCF Mobilités à réduire ses coûts et à améliorer ses services. Si d’autres opérateurs sont choisis par les autorités régionales, celles-ci n’achèteront plus de services à SNCF mobilités mais à des opérateurs concurrents. Le coût de la SNCF pour les contribuables diminuera. Le coût du transport ferroviaire pour les contribuables baissera à hauteur de l’écart entre les prix de SNCF Mobilités et ceux de l’opérateur retenu", explique François Ecalle. Pour autant, précise-t-il, "cela dépendra beaucoup des modifications qui seront apportées en pratique à l’organisation de l’entreprise et à la gestion des ressources humaines".

Évolution du régime spécial des cheminots

À court terme, "l’arrêt du recrutement de cheminots au statut réduira progressivement les cotisations sociales versées au régime spécial de retraite à partir de 2020, ce qui obligera l’État à augmenter sa subvention d’équilibre", souligne François Ecalle. Mais dans le même temps, "les nouveaux agents seront affiliés au régime général dont les cotisations augmenteront". Résultat, "le coût pour les contribuables, entendus comme les redevables d’impôts et de cotisations sociales, ne devrait pas être significativement modifié".

À long terme en revanche, l’intégration du régime spécial des cheminots dans le futur régime universel de retraite comme le prévoit la réforme du gouvernement devrait faire disparaître le coût de ce régime pour les contribuables, "en supposant qu’il ne réapparaisse pas sous forme d’avantages accordés aux cheminots à la retraite par des accords d’entreprise", conclut François Ecalle.

Paul Louis