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La Banque de France s'alarme de l'envolée des dettes des ménages et des entreprises

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France - KIYOSHI OTA / POOL / AFP

Les prêts massifs accordés aux entreprises et l'explosion attendue du chômage pourrait rendre la situation très complexe, prévient l'institution.

La Banque de France s'est dit mardi vigilante vis-à-vis de la forte progression de l'endettement des entreprises et des ménages, conséquence de la crise sanitaire, qui menace de freiner la reprise économique.

"C'est le risque que nous estimons le plus fort", a commenté Sylvie Goulard, sous-gouverneure de l'institution, qui présentait son rapport trimestriel d'évaluation des menaces pesant sur le système financier français.

Cette publication ne décrit pas nécessairement des dangers imminents, mais pointe plutôt le projecteur sur des risques dont la probabilité de matérialisation est élevé et leur impact potentiellement systémique.

Des prêts qui pèsent

"Les entreprises, confrontées à une forte tension sur leur trésorerie, sont pour beaucoup d'entre elles contraintes de solliciter un endettement supplémentaire", souligne le rapport.

Les mesures prises par le gouvernement français et d'autres gouvernements européens – notamment les prêts garantis par l'État − ont permis de répondre rapidement à ces besoins de financements. 

Pour autant, "l'ampleur de ce choc de liquidité reste incertain et sa résorption conditionnée par le rythme de la reprise de l'activité économique. L'augmentation de l'endettement des entreprises est susceptible de dégrader la solvabilité de nombre d'entre elles", s'inquiète la Banque de France.

Craintes sur le chômage

Et par ricochet, "une hausse marquée des défaillances d'entreprises pourrait à son tour induire une augmentation des créances douteuses au bilan des banques, freinant la dynamique du crédit, nécessaire à la reprise économique", ajoute-t-elle.

En ce qui concerne les ménages français, leur "solvabilité demeure largement intacte compte tenu des mesures de soutien public", bien que leur endettement déjà important leur impose des charges de remboursement élevées.

Dans ce contexte, "une augmentation importante du chômage est susceptible d'accroître le poids du remboursement des crédits, ce qui se traduirait par un risque de crédit accru et/ou un moindre dynamisme de la consommation", poursuit l'institution.

Des banques en alerte

Selon elle, "la maîtrise de l'endettement des entreprises, des ménages, comme des finances publiques, constituera un objectif déterminant, aussi bien au plan macroéconomique que pour la stabilité financière".

Parmi les autres risques pesant sur le système financier français, la Banque de France pointe le risque de marché, avec de possibles nouvelles corrections sur les marchés actions et des tensions sur le marché obligataire.

En outre, l'environnement désormais généralisé de taux d'intérêt durablement bas, va continuer de peser sur "la profitabilité future des banques", tandis que "les assureurs-vie voient leur contraintes de gestion actif-passif se renforcer alors que le rendement de leurs portefeuilles d'actifs poursuit son érosion progressive", anticipe le rapport.

TL avec l'AFP