BFM Business

Que va devenir la Smart?

En 2024, l'usine mosellane de Daimler cessera de produire des Smart. Mais la mythique citadine ne disparaît pas pour autant. Ce jeudi, Daimler et le chinois Geely ont annoncé la création d’un co-entreprise pour transformer Smart en acteur de la mobilité urbaine.

Après avoir révolutionné la circulation automobile en ville au XXe siècle, Smart se veut laboratoire de la mobilité au XXIe. Daimler et le Chinois Geely ont annoncé ce jeudi la création d’une coentreprise autour de la marque de petite voiture.

Cette coentreprise à parts égales (50% pour chaque partenaire, six dirigeants issus de chaque société) veut faire de Smart "un leader de la mobilité électrique premium", un leader qui opérera d’abord en Chine. "Il s'agit d'un nouveau chapitre dans l'histoire de Smart", a commenté Dieter Zetsche, patron de Daimler. "Nous respectons totalement la valeur de Smart", a précisé Li Shufu, le président de Geely. 

  • Des Smart fabriquées en Chine

Première conséquence de ce nouvel actionnariat: dessinée par Mercedes, en association avec l’ingénierie de Geely, la prochaine génération de Smart sera fabriquée en Chine. Smart va donc quitter l’usine mosellane d’Hambach en France, son principal site de production depuis 1998. La production des nouveaux modèles débutera en 2022.

  • Des Smart beaucoup plus grandes

Seconde conséquence: la Smart devrait grandir un peu. Selon Reuters, la gamme produit Smart pourrait comporter un modèle de segment B, soit l’équivalent d’une Renault Clio ou d’une Peugeot 208. Actuellement, la Smart mesure 2,70 mètres, soit 1,30 mètre environ de moins qu’une compacte de segment B.

  • Des Smart partagées, connectées, et évidemment électriques

Troisième conséquence: les véhicules Smart seront intégrés dans un écosystème de mobilité urbaine et électrique. L’année dernière, Daimler avait déjà annoncé que Smart deviendrait une marque 100% électrique en Europe en 2020. Ce tournant zéro émission se confirme avec le partenariat avec Geely, la Chine étant le premier marché pour les voitures électriques dans le monde. Daimler et Geely veulent aussi accroître la dimension connectée de la marque.

"Aujourd’hui, la connectivité 5G offre un univers complet d’opportunités", précise Dieter Zetsche dans un communiqué, évoquant par exemple l’autopartage ou la possibilité de récupérer un colis dans le coffre des Smart, via son smartphone.

"Suivant cette ligne, nous travaillerons avec Geely pour développer de nouveaux véhicules, dans de nouveaux segments, mais aussi de nouveaux services, poursuit Dierte Zetsche. Et nous utiliserons nos synergies pour les développer au niveau global".

Geely et Daimler pourront pour cela s’appuyer sur leur co-entreprise dans les VTC.

Smart sera un constructeur 100% électrique, et les véhicules seront désormais fabriqués en Chine, non plus à Hambach en France.
Smart sera un constructeur 100% électrique, et les véhicules seront désormais fabriqués en Chine, non plus à Hambach en France. © Daimler
  • Des Smart qui rapporteront enfin de l'argent?

Quatrième conséquence: Smart pourrait enfin devenir rentable, c’est ce que doivent espérer les dirigeants de Daimler. Si elle a mis plusieurs années à gagner en popularité, la Smart n’a en revanche jamais réussi à faire gagner de l’argent à Daimler.

A sa sortie, à la fin des années 90, la Smart avait essuyé de nombreuses critiques, aussi bien sur sa qualité de finition que son allure de voiture sans permis. A tel point que le Handelsblatt rappelle que Jürgen Schremp, alors patron de Daimler-Chrysler, avait voulu arrêter la marque. De 80.000 voitures vendues en 1999, Smart avait atteint 150.000 voitures vendues, son plus haut, en 2004. L’objectif annuel des 200.000 véhicules n’a jamais été atteint, alors que Mini, racheté à la fin des années 90 par BMW, a écoulé plus de 360.000 voitures en 2018.

Selon le cabinet d’analystes Evercore ISI, cité par le quotidien Suddeutsche Zeitung, Smart perdrait chaque année 500 à 700 millions d’euros. "Smart est un peu un corps étranger", résumait dans le quotidien allemand un directeur de Mercedes, qui jugeait que la marque avait besoin de plus gros volumes de ventes, de nouveaux marchés et surtout d’un partenaire. C’est désormais chose faite.

Pauline Ducamp