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Pour le patron de PSA, "la société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose"

Carlos Tavares estime dans un entretien au Figaro que la volonté de l'Europe de réduire de 40% les émissions de CO2 d'ici 2030 risque de fragiliser une filière automobile employant 13 millions de personnes. "La société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose" affirme-t-il.

Pour le patron de PSA, la transition énergétique sera très douloureuse en termes d'emploi en Europe. Dans un entretien publié dans le Figaro, la veille de l'ouverture du salon de l'automobile de Genève, Carlos Tavares revient sur le vote du Parlement européen qui s'est prononcé début octobre 2018 pour une baisse de 40% des émissions de CO2 des voitures et utilitaires de moins de 3,5 tonnes d’ici 2030. 

"Le vote du Parlement européen est un vote contre l'industrie européenne. (...) Le chemin qui est pris nous emmène dans l'impasse et ce sera très douloureux", prévient le dirigeant, qui est également président de l'Acea, le lobby européen des constructeurs automobiles.

"Depuis deux mois, l'industrie automobile européenne a annoncé la suppression de plus de 20.000 postes. La volonté d'imposer la correction de trajectoire de l'industrie a parfaitement réussi! Veut-on aller plus loin encore? Très bien! Les entreprises s'adapteront. Mais cela met en risque les 13 millions de personnes qui travaillent dans notre industrie et cela déstabilisera très certainement nos sociétés européennes", ajoute Carlos Tavares, qui se défend de tout chantage à l'emploi.

"L'électrification nécessite un pilotage stratégique"

Sans remettre en question le passage aux véhicules 100% électriques, le dirigeant du constructeur automobile français s'interroge publiquement: "la société a décidé de tuer le diesel. Passons à autre chose. Mais le problème, c'est que les émissions de CO2 augmentent. Donc on nous dit de passer à l'électrification. Très bien. Mais comment nos concitoyens pourront-ils disposer dans des conditions économiques raisonnables d'une pleine liberté de mouvement? Ces questions sont traitées avec une légèreté et un amateurisme atterrants."

Sans remettre en question, l'électrification à venir des véhicules,le dirigeant estime que cette transition nécessite "un pilotage stratégique". "Comment les États, exsangues, au bout de leurs capacités d'endettement, de déficit et de pression fiscale, trouveront-ils l'argent pour financer les réseaux de chargement ?", interpelle Carlos Tavares.

Pour l'Airbus des batteries, "le capital initial nécessaire est colossal"

Enfin, le dirigeant de PSA commente le récent accord entre la France et l'Allemagne prévoyant la mise en place d'un consortium de production des batteries pour les véhicules électriques à travers un investissement commun de 1,7 milliard d'euros.

"Nous avons étudié le sujet. Le capital initial nécessaire est colossal", estime Carlos Tavares, pour qui la réussite du projet dépendra de l'attitude des autorités européennes vis-à-vis de l'application des règles sur les aides d'État. "L'Union européenne sera-t-elle capable de s'élever à ce niveau de vision stratégique, au-delà des simples règles de concurrence intracommunautaires ?", s'interroge-t-il.

Frédéric Bergé