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Nouvelles révélations sur la façon dont Carlos Ghosn gâtait son entourage avec l'argent de Nissan

Les révélations se poursuivent autour du patron de Renault et de Nissan. Rémunérations injustifiées à des membres de sa famille, adhésion à un yacht-club, travaux pris en charge d'une luxueuse villa... Les Echos révèlent différents exemples qui montrent que Carlos Ghosn aurait largement contourné les règles de déontologie chez le constructeur japonais.

En détention depuis le 19 novembre dernier, Carlos Ghosn voit les charges s'accumuler contre lui. Si la justice japonaise est pour le moment restée assez discrète, des éléments liés à l'enquête interne lancée par Nissan, à l'origine de l'arrestation du dirigeant, continuent de sortir dans la presse. 

Rémunération injustifiée de 660.000 euros à sa soeur

Les Echos ont ainsi eu accès à des éléments accablants, montrant comment Carlos Ghosn aurait largement contourné les règles de déontologie chez le constructeur japonais. 

Premier exemple cité par le quotidien économique: l'embauche en 2003 de Claudine Oliveira, soeur de Carlos Ghosn vivant au Brésil, en tant que membre d'un "Conseil Global des Donations". Surprenant pour un courrier adressé à un membre de sa famille proche, la lettre lui confirmant son recrutement, et alors signée de celui qui est PDG de Nissan depuis deux ans seulement, démarre par un étrange "Dear Sir" ("Cher monsieur") et conclut par une formule de politesse très classique, "Yours Faithfully". Au total, la rémunération perçue par Claudine Oliveira entre 2003 et 2016 est estimée à 755.000 dollars, soit 660.000 euros et aucun document ne prouverait qu'elle ait exercé une activité réelle, a confié un proche de l'enquête aux Echos.

Au-delà de cette rémunération, un bonus accordé à Claudine Oliveira se révèle également suspect. Le mémo lui confirmant cette prime est surmonté d'une note de Carlos Ghosn: "Ok pour 30.000 dollars. Cette année!", quelques jours avant le versement de la somme.

Une maison à Beyrouth et un appartement à Rio

Carlos Ghosn aurait notamment profité de structures opaques créées aux Pays-Bas dans le cadre de l'Alliance Renault-Nissan ou comme des filiales de l'entreprise japonaise. Le quotidien Les Echos évoque ainsi une facture de 63.164 dollars (55.000 euros) réclamée par le yacht-club de Rio de Janeiro à un employé de Nissan en 2014.

Nissan aurait également pris en charge l'achat d'une maison à Beyrouth (Liban) et sa rénovation pour un coût de 16,7 millions de dollars (14,6 millions d'euros) et un appartement à Rio (Brésil) pour 5,8 millions de dollars (5,07 millions d'euros).

Le patron de Nissan toujours choqué

Si ces éléments devront bien sûr être examinés par la justice, ils peuvent expliquer l'attitude du patron de Nissan, Hiroto Saikawa, qui s'était exprimé de manière très dure dès l'arrestation de Carlos Ghosn. Dans une interview publiée ce lundi par Les Echos, il a d'ailleurs rappelé avoir été choqué par les révélations de l'enquête. 

"Ce que suggère l'enquête interne, c'est que nous avons affaire à des manipulations et à des dissimulations intentionnelles", a notamment déclaré Hiroto Saikawa, soulignant que Renault, qui a pour le moment laissé à Carlos Ghosn son poste de PDG contrairement à Nissan et Mitsubishi, prendra la même décision:

"Il y a des comportements qui ne sont pas acceptables pour un dirigeant si bien qu'il était de notre devoir de mettre fin à ses fonctions. Tout ce que je souhaite, c'est que les administrateurs de Renault aient eux aussi accès au dossier complet, aux faits. Je pense que, lorsque ce sera le cas, ils tireront la même conclusion que nous".

Julien Bonnet