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Comment le coronavirus affecte l'industrie automobile mondiale

L’épidémie de coronavirus souligne la place prépondérante prise par la Chine dans le secteur automobile. Alors que les usines locales restent à l’arrêt, celles installées en dehors du pays, jusqu’en Europe, sont également touchées.

Volkswagen ne redémarrera pas ses usines chinoises ce lundi. Le groupe allemand a décalé d’une journée, voire plus, la reprise de la production des sites de production qu’il détient en co-entreprise, rapporte l’agence Bloomberg.

Alors que les vacances du Nouvel An ont officiellement pris fin la semaine dernière, le Groupe Volkswagen a annoncé que les usines de la coentreprise avec le groupe chinois FAW ne reprendraient pas avant ce mardi au plus tôt. L’usine de Tianjin ne redémarrera elle que le 17 février, tout comme les sites de son autre coentreprise avec le groupe local SAIC. Ce lundi se terminent les vacances prolongées du Nouvel an dans la région du Hubei, région où se situe Wuhan, épicentre de l'épidémie. 

Volkswagen, constructeur le plus touché selon Standard&Poors 

Le numéro 1 mondial est particulièrement touché par l’épidémie de coronavirus qui touche la Chine depuis le mois de décembre. 40% des ventes mondiales de Volkswagen se trouvent dans le pays, ce qui le rend particulièrement dépendant de la situation sur place. L’agence Standard&Poors soulignait la semaine dernière que VW était le constructeur le plus menacé par les conséquences de cette épidémie. Mais il n’est pas le seul.

Si Ford, Tesla et Daimler ont relancé leur production en Chine ce lundi, Honda ne redémarrera pas la sienne avant le 13 février, Nissan et PSA pas avant le 14. Tous ces groupes disposent de sites dans la région de Wuhan. Toyota a lui décalé la fermeture de ses 12 usines locales jusqu’au 16 février, BMW jusqu’au 17. Et les difficultés de production ne se cantonnent plus uniquement à la Chine.

La production à l’arrêt en Corée du Sud

En Corée du Sud, le plus grand centre de production automobile du monde est à l'arrêt. Le constructeur coréen Hyundai y a cessé ses opérations, victime de l'épidémie du coronavirus qui paralyse les usines chinoises au risque de déstabiliser des chaînes de production à travers tout le globe. Hyundai peut produire 1,4 million de véhicules par an sur son complexe géant d'Ulsan, situé sur la côte pour faciliter les importations de pièces détachées et l'exportation de voitures.

Mais ce ballet industriel s'est grippé lorsque l'épidémie de pneumonie virale a conduit la Chine à prolonger la fermeture de ses usines au-delà des congés du Nouvel an. Beaucoup ne rouvriront pas avant le 10 février. Résultat: Hyundai a vu se tarir son approvisionnement en composants de câblage électronique, principalement produits en Chine. Le cinquième constructeur mondial a suspendu le 4 février toute sa production en Corée, mettant au chômage technique quelque 25.000 employés.

"Quelle honte de ne pas pouvoir travailler! Il n'y a rien à faire quand on dépend à ce point d'un seul pays", se désole un ouvrier d'Ulsan rencontré par l'AFP.

Cette interruption de production en Corée du Sud pendant cinq jours pourrait coûter à Hyundai l'équivalent de 450 millions d'euros, selon des estimations. Le géant coréen n'est pas seul concerné dans le pays: sa filiale Kia a suspendu l'activité de trois usines lundi.

"Les entreprises sud-coréennes dépendent cruellement de la Chine pour leurs pièces détachées. Problème: il suffit d'une pièce manquante pour ne plus rien pouvoir faire", observe Cheong In-kyo, économiste à l'université sud-coréenne d'Inha.

Renault a lui aussi fermé jusqu’au 11 février son usine de Busan afin "d’anticiper les problèmes d’approvisionnement", a expliqué un porte-parole à l’AFP. 2000 salariés travaillent sur le site qui produit 216.000 véhicules par an.

L'allié de Renault, Nissan, a lui annoncé ce lundi qu'il fermait son usine dans l'île de Kuyshu au Japon jusqu'au 17 février, face au manque de pièces, rapporte Reuters. Cette usine produit notamment le Serena, un minivan très populaire au Japon. 3000 véhicules pourraient être affectés, explique le quotidien Nikkei. Les constructeurs occidentaux craignent désormais de voir leurs production européenne et américaine aussi perturbées.

Des répercussions en Europe

L'italo-américain Fiat Chrysler pourrait stopper la production d'une de ses usines européennes faute de composants venant de Chine, a déclaré son patron Mike Manley au Financial Times.

"L'industrie manufacturière chinoise est cruciale pour les chaînes de production automobiles. Tout ralentissement ou interruption dans la fabrication d'un composant (...) peut provoquer des engorgements et arrêts d'usines dans des pays comme la Corée, le Japon, l'Iran ou la Tanzanie", observent les analystes de Fitch Solutions.

L'impact est particulièrement marqué en Asie, où la production est à flux extrêmement tendus. Une situation qui rappelle celle de 2011. Le tsunami au Japon avait dévasté le Tôhoku, dans le nord-est du Japon où se trouvent de nombreuses usines de pièces détachées, dont l’unique usine de Renesas Electronics un groupe japonais dominant alors 50% du marché planétaire des systèmes électroniques de contrôle des freins et moteurs.

Aux Etats-Unis, les répercussions du coronavirus seront retardées mais il pourrait y avoir un impact indirect sur les pièces détachées venant d'autres pays et comportant des composants chinois, redoute Kristin Dziczek, du Centre de recherche sur l'automobile d'Ann Arbor. Constructeurs et équipementiers "réfléchissent à la manière de s'adapter. Mais il n'y a pas de capacités de production de la taille de celles de la Chine qui seraient inemployées quelque part pour combler les pénuries", observe cette chercheuse.

Des changements après le tsunami de 2011

Depuis le tsunami, les chaînes de production se sont davantage diversifiées. Néanmoins "le risque est grand d'avoir un seul fournisseur dans un seul endroit pour une pièce donnée", souligne Ferdinand Dudenhoeffer, du centre de recherche automobile de l'université de Duisbourg-Essen. La norme est "d'avoir au moins deux fournisseurs" et les sous-traitants sont d'ordinaire dans la même région que les usines de production, ajoute-t-il.

"La Chine fait partie intégrante des chaînes manufacturières, elle pèse un cinquième de la production manufacturière mondiale", rappelle Mark Zandi, économiste de Moody's Analytics. Taïwan et le Vietnam, puis la Malaisie et la Corée du Sud, seront notamment pénalisés.

Pauline Ducamp avec AFP