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Avec le métaverse, Facebook va collecter nos données "à un niveau bien plus élevé"

Aurélie Jean, spécialiste de l'intelligence artificielle, met en garde contre le nouveau projet virtuel du réseau social, appelant à une régulation des pratiques de développement des algorithmes.

C'est le grand projet de Mark Zuckerberg. La semaine dernière, le fondateur de Facebook a présenté son projet de métaverse, en rebaptisant symboliquement la maison-mère du réseau social avec un nouveau nom: Meta.

L'idée est d'accélérer sur le monde virtuel, qui existera en parallèle du monde réel. "Je trouve génial le métaverse" explique sur BFM Business Aurélie Jean, une des spécialistes les plus influentes au monde en intelligence artificielle. "Ce n'est pas complètement nouveau" rappelle-t-elle puisqu'on l'utilise "dans les jeux vidéo, dans le domaine de la santé pour gérer certaines douleurs, dans le domaine de la formation dans les simulateurs de vol."

Mais la docteure en sciences, qui publie Les algorithmes font-ils la loi? (L'Observatoire, 20 euros) met néanmoins en garde sur le projet de Meta.

"Ce que fait Facebook aujourd'hui (…) qui est d'aller collecter des informations, des données sur nos comportements sur la plateforme à travers ce qu'on aime, ce qu'on va commenter, comment on va le commenter, à qui on va être connecté… là, il va pouvoir le faire à un degré supérieur à travers des relations sociales complètement virtualisées. Donc on va pouvoir collecter de l'information en temps quasi réel sur nos comportements."

Réguler les pratiques

"Je dis 'attention', parce que Facebook va avoir une opportunité à un niveau bien plus élevé d'aller collecter de l'information sur nos comportements, nos rapports sociaux" souligne-t-elle.

Selon elle, il faut donc revoir la régulation. "On est arrivé au bout d'un chemin. Il faut réguler les pratiques de développement, de conception, de test des algorithmes" tranche Aurélie Jean, concédant que cela "va profondément remettre en question le modèle économique de ces plateformes".

Ce serait aussi l'occasion d'éviter "l'effet bulle" des réseaux sociaux. "Sur les réseaux sociaux, on peut très facilement être mis dans des bulles d'observation et d'opinion" compte tenu de la façon dont l'algorithme est utilisé, indique-t-elle. "La solution c'est de développer correctement ses algorithmes et de les tester pour éviter d'avoir l'effet bulle" insiste-t-elle.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business