BFM Business

Alstom avec l'Etat et GE: "bonne nouvelle" ou "trahison"?

Retrouvez toutes les réactions aux annonces d'Arnaud Montebourg sur le dossier Alstom.

Retrouvez toutes les réactions aux annonces d'Arnaud Montebourg sur le dossier Alstom. - -

Les réactions politiques et syndicales se multiplient après l'annonce par le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg de l'entrée de l'Etat au capital d'Alstom et de sa préférence pour l'offre de GE. Florilège.

Après les multiples offres et contre-offres des candidats à un rapprochement avec Alstom, Arnaud Montebourg a finalement changé de braquet, ce vendredi 20 juin. Le ministre de l'Economie, qui critiquait l'éventuel rapprochement du fleuron français avec l'Américain, s'est rangé du côté de l'offre de General Electric.

Il a par ailleurs annoncé que l'Etat allait prendre 20% du capital du groupe, en rachetant à Bouygues les parts dont il cherchait à se défaire. Au cours actuel, cela lui coûterait 1,7 milliard d'euros. Une somme dont dispose l'Etat en cash, assure à l'AFP une source à Bercy, "sans procéder à des cessions de participation".

Ces annonces ont été jugées rassurantes par certains, catastrophiques pour d'autres. Retrouvez ici toutes les réactions, industrielles, politiques et syndicales, en temps réel.

Cliquez ici pour réactualiser l'article

Des "regrets" et l'attente d'autres occasions en France

Mitsubishi Heavy Industries, qui avait formulé avec Siemens une offre conjointe sur Alstom a annoncé "prendre acte" et "regretter" la décision du gouvernement français de retenir l'offre de General Electric.

"Pour l'avenir, Mitsubishi Heavy Industries reste décidé à développer ses relations avec la France et avec des partenaires industriels français. Le groupe est particulièrement fier de son alliance avec Areva et espère avoir d'autres occasions de travailler avec des entreprises françaises de premier rang", indique le Nippon dans un communiqué.

Attention "à l'application de l'accord"

Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche a estimé que "l'entrée de l'Etat dans le capital du groupe est le signe d'une volonté politique du gouvernement d'agir aujourd'hui sans faiblesse pour défendre le potentiel humain et industriel de nos entreprises et faire respecter par Général Electric l'accord intervenu notamment sur les questions du développement de la recherche et de l'emploi".

"Le PRG soutient la décision du gouvernement mais sera attentif à l'application de cet accord", a-t-il ajouté par communiqué.

Un "élément rassurant"

"Il ne fait aucun doute maintenant que le conseil d'administration choisira General Electric" pour la CFE-CGC, premier syndicat du groupe français.

L'offre de GE "est effectivement la solution la plus sérieuse, surtout avec la montée de l'Etat au capital", "des deux offres, c'est celle qui était la plus complémentaire sur le plan industriel", estime le porte-parole du syndicat.

"Le fait que l'Etat monte au capital de la holding Alstom va peser fortement sur la gouvernance des coentreprises. Sans la participation de l'Etat, ça aurait été un gros risque. C'est un élément rassurant", dit-il.

Pour le délégué, "l'intérêt de l'intervention du gouvernement et de l'ensemble des organisations syndicales a été de mettre la pression sur GE, et aussi Siemens, de façon à avoir des offres qui montent en qualité". Sans cela, Alstom aurait été "coupé en deux, réduit à son activité ferroviaire", a-t-il ajouté.

> Une méthode "anti-Florange"

"En termes de méthode, c'est l'anti-Florange, c'est une décision partagée par chacun", a salué le Premier ministre Manuel Valls, en référence au conflit qui avait opposé à l'automne 2012 son prédécesseur Jean-Marc Ayrault et le ministre Arnaud Montebourg, qui militait à l'époque pour une nationalisation du site ArcelorMittal de Florange.

Arnaud Montebourg avait menacé de démissionner en décembre 2012 après que M. Ayrault eut écarté l'hypothèse d'une nationalisation de l'aciérie d'ArcelorMittal de Florange.

> Un compromis qui préserve les intérêts de la France

Jean-Pierre Chevènement, sénateur MRC du Territoire de Belfort, fief d'Alstom a accordé un bon point au gouvernement.

"Je considère que le compromis auquel le gouvernement est parvenu avec General Electric préserve les intérêts de la France", a déclaré le sénateur MRC dans un communiqué. Il a toutefois jugé "un peu faible" la montée de l'Etat au capital d'Alstom "mais d'autres garanties semblent avoir été prises", a-t-il ajouté.

Il a félicité le gouvernement "d'être parvenu à ce résultat qui paraissait hors d'atteinte il y a deux mois quand l'annonce d'une simple reprise d'Alstom par General Electric a été faite".

> Une très bonne nouvelle pour l'emploi

Damien Meslot, maire UMP de Belfort, s'est lui aussi enthousiasmé des annonces d'Arnaud Montebourg. La prise de participation de l'Etat "est une très bonne nouvelle pour l'emploi" et une "excellente nouvelle pour les salariés d'Alstom et pour la région de Belfort, siège européen de GE", a-t-il estimé.

Le député-maire de Belfort s'est par ailleurs déclaré "très satisfait" de la décision du gouvernement de choisir l'offre de General Electric dans le dossier Alstom, une option qu'il défendait. "L'offre de GE, implanté depuis longtemps à Belfort, apporte des garanties bien supérieures en termes d'emplois dans notre département que celle de Siemens-Mitsubishi", a-t-il dit.

"Une nouvelle trahison des intérêts de la France"

La présidente du FN, Marine Le Pen, dénonce "une nouvelle trahison des intérêts de la France par le gouvernement socialiste". "Malgré toutes ses explications, Arnaud Montebourg valide l'abandon d'un fleuron de notre industrie à l'un de ses plus importants concurrents étrangers" écrit-elle dans un communiqué.

Selon elle, "la France renonce donc à son indépendance dans la filière électro-nucléaire" et, "comme lors du rachat d'Arcelor par Mittal, nous assistons une nouvelle fois au dépeçage d'un géant français de l'industrie".

"Ni américaine, ni allemande, ni japonaise, la seule solution qui convenait et qu'il convient encore de défendre pour Alstom est une solution française qui préserve son intégrité industrielle et notre indépendance", estime la dirigeante frontiste.

N.G. et AFP