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Gilets jaunes : 50.000 demandes de chômage partiel

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Les conséquences économiques de la crise seront sans doute plus graves que ce que l’on avait pu anticiper

C’est la secrétaire d’état Agnès Pannier-Runacher qui a donné cette première estimation, sur la base des demandes effectuées par les entreprises à la Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi au ministère de l’économie, puisque ce dispositif permet à l’entreprise de faire moins travailler ses salariés, l’État compensant la perte de salaire. Cela représente plus de 3 millions d’heures de travail perdues par plusieurs centaines d’entreprises. Le ministère du travail indique avoir débloqué 28 millions€ pour faire face aux prochaines échéances, mais ne cache pas que le chiffre pourrait être plus important encore. Au plus noir de la crise 2008/2009, l'administration a reçu jusqu’à 240.000 demandes par mois.

Le dispositif va limiter les dégâts sur l'emploi en permettant aux entreprises de sauver les salariés dont elles vont avoir besoin quand l’activité retrouvera son rythme normal. Ainsi, les salariés des hypermarchés mis au chômage technique pendant les samedis de décembre ou les chauffeurs routiers empêchés de rouler, vont éviter le licenciement économique, en revanche pas les salariés qui travaillaient dans des entreprises déjà fragiles. Les estimations faites par la Banque de France dans des travaux récents montrent que pendant la récession de 2009, pour 10 salariés en activité partielle, 2 emplois seulement ont été sauvegardés. Il y aura bien des conséquences sur l’emploi du fait de cette crise des gilets jaunes.

Des entreprises durablement fragilisées

Il ne faut pas sous estimer le nombre d’entreprises durablement affaiblies par cette crise. On est en train de réaliser que peu de mouvements sociaux auront eu un impact aussi fort sur l’économie française, en aussi peu de temps et en ayant mobilisé aussi peu de personnes, des conséquences qui vont s’avérer finalement bien plus fortes que celles du printemps 2016, presque autant qu’en 1995, c’est-à-dire 0,2 point de croissance sur le quatrième trimestre. 

A cause de la période d’abord. La fin d’année, c’est le moment de vérité pour beaucoup de secteurs. Décembre, c’est 2 à 5 fois un mois normal. Pour certains c’est la moitié de l’activité de l’année. Les entreprises ont accumulé des stocks, embauché des vendeurs, engagé de la trésorerie, si le chiffre d’affaires n’est pas au rendez-vous, les conséquences peuvent être graves.

Ce qui reste compliqué à mesurer à ce stade, c’est l’impact sur l’image de la France et les investissements internationaux. Il y a quinze jours, le cabinet EY, qui mesure avec précision notre attractivité, ne signalait pas d’alerte majeure, au-delà des réservations hôtelières : 15 à 20% de baisse des réservations, 25000 nuitées en Ile-de-France. Tout dépendra là-dessus de la capacité du Président de la république à maintenir les réformes, même le très rigoriste gouverneur de la banque centrale allemande l’exprimait en ces termes la semaine dernière.

Le plus préoccupant, c’est que l’économie française est frappée à un moment où la croissance s’essouffle, la situation financière des entreprises reste malmenée notamment par le manque de trésorerie, détecté par notre baromètre Pouey International. Sur ce point-là, il est très important que le gouvernement n’ait pas renoncé à la bascule baisse de charges/CICE qui va permettre de réinjecter ponctuellement 20 milliards d'euros de trésorerie dans les entreprises. C’est une pure coïncidence, mais ce mouvement purement comptable va sans doute sauver beaucoup d’entreprises.